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Institut (cours) biblique (gratuit) leçons 9:L’Autorité dans l’église locale

  

  

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L’Autorité dans l’église locale

1. Les sources

Jacques DUBOIS

Jacques Dubois, pasteur, théologien et conférencier très connu, nous gratifie d’une série de trois articles sur l’autorité dans l’église locale vue sous l’angle des sources, de la pratique, et de ses limites. Il est également auteur d’un excellent petit catéchisme: Croire et Vivre, aux éditions Emmaüs, CH-1806 Saint-Légier (Suisse) et de nombreux articles. Homme de grande expérience, il expose ce sujet si actuel et pourtant si impopulaire et mal vécu. Vu l’importance du thème, nous signalons à nos lecteurs qu’il a déjà été traité par l’auteur sous les mêmes titres dans la Revue bimestrielle des CAEF Servir en L’attendant (nos 2, 3, et 4, mars – août 1998), 40, chemin de Lautagne, FR-26000 Valence). La première partie aborde les Sources de l’autorité dans l’église locale.

Pour qu’une église puisse prospérer, la question de l’autorité doit être réglée. Disons-le d’emblée: tout prestige personnel doit être écarté. Le Seigneur a dit: «Si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit le dernier de tous, et le serviteur de tous!» (Marc 9.35) Il y va de la gloire du Seigneur lui-même, car les églises lui appartiennent! Le Christ est la tête, l’Église est son corps. Dieu veut voir prospérer ces églises locales, et être saintes en vue de son avènement.

1. Une autorité fondée

Toute autorité repose sur Dieu luimême. Il en est la source unique. L’autorité est l’expression de sa souveraineté absolue, divine et éternelle.

En Gen 1, Dieu se présente comme «Elohim». Un nom au pluriel désignant trois personnes: le Père, le Fils et le Saint- Esprit.

En Gen 2 apparaît un second nom, le fameux tétragramme, les 4 lettres YHWH qui se disent «Yahvé» et signifient «Je suis». Ce nom exprime aussi la personne de Dieu dans sa plénitude, son autorité ainsi que sa présence permanente.

Ces textes révèlent l’origine de la source première. Il n’y a rien au delà, ni dans le temps, ni dans l’espace, ni dans l’éternité d’une autre autorité qui serait concurrentielle. En Elohim/Yahvé sont fondés et subsistent éternellement tous les attributs de la nature du Dieu unique.

Le Fils s’appelle Jésus-Christ. Il occupe une place centrale, car il est Dieu et Seigneur dans le sens absolu et divin du terme. Il a autorité comme le Père, de toute éternité. Cette autorité, il ne l’a pas acquise à la suite de son incarnation, mais il la possède de droit divin. Il l’a puissamment manifestée à la création. Lorsque nous lisons «Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut,» la Parole a donc existé bien avant qu’elle ne soit faite chair! Chaque fois que nous lisons «Dieu dit…» c’est lui qui opère, le Fils de Dieu, Jésus-Christ. Col 1.17 l’atteste: «Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui.» Il règne sur la vie et la mort. Il a tout pouvoir dans les cieux et sur la terre. «Dieu a remis tout jugement au Fils, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père» (Jean 5.21).

A la même source se trouve aussi le Saint-Esprit, qui occupe une place essentielle. Nous devons lui donner la place que lui attribue la Bible. Les excès et les dérapages qui ont lieu en certains milieux ne doivent pas avoir pour effet de minimiser la place du Saint-Esprit. Jésus a promis d’envoyer le Saint-Esprit sur la terre après son ascension au ciel et dit qu’il habitera en chaque chrétien. Il a accompli sa promesse à la Pentecôte. Dans la Bible, le Saint-Esprit est présent du début à la fin. Gen 1.2 déclare: «L’Esprit de Dieu planait au-dessus des eaux…» Apoc 22.17 présente: «l’Esprit et l’épouse disent: Viens!» Et le Seigneur répond: «Oui, je viens bientôt.» Et entre ce début et cette fin, combien de fois n’apparaît-il pas?

Dieu est trinitaire, voilà qui fait trois sources concomitantes. Elles sont ensemble dans une unité fondamentale, une unité sans confusion; c’est là qu’est le fondement. Ce sont les sources supérieures!

Parlons maintenant de la source inférieure, qui vient d’en haut, qui est entre nos mains. C’est dans ce sens-là que je la nomme «source inférieure», et seulement dans ce sens-là. Pour nous, l’autorité divine se trouve en un lieu accessible, ne varietur, c.-à-d. qui ne change pas: la Bible, authentique parole de Dieu! Il faudra quinze siècles, de Moïse à Jésus, pour que soit achevée la révélation biblique, source parfaite d’autorité normative et fonctionnelle. En l’Écriture et par elle, Dieu parle aux hommes, et à tous les hommes, pas seulement aux chrétiens. Voilà donc les sources d’autorité qui sont le fondement premier et immuable: Dieu et sa Parole. Elle est révélation, elle s’est incarnée en Jésus-Christ, et elle est illumination.

La révélation est à la fois «Loi et Évangile ». L’Évangile déjà dans l’ancienne alliance. Et la loi est encore, d’une certaine manière, dans la nouvelle alliance. Il nous faut lire p.ex. Mat 5.17-48. Parole écrite, la Bible se différencie de la parole des hommes (1 Thes 2.13).

L’incarnation: le temps du Christ sur terre, Parole faite chair, Dieu parmi nous, Emmanuel, avec toute son autorité. Et quelle autorité! Rien ne lui a résisté, pas même la mort! Il peut dire: «Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre» (Mat 28.18).

Quant à l’illumination, c’est l’Esprit de vie. Il a inspiré la Bible. Il se tient au service du Christ, il nous fait naître de nouveau. Il nous conduit, nous éclaire, nous équipe, nous prépare pour le grand rendez-vous. Il participe, en nous, à l’autorité que nous avons reçue du Père et du Fils.

Je voudrais donner ici trois mises en garde. La première relative à l’Esprit, la seconde au Christ, la troisième aux Écritures.

Par rapport à l’Esprit, il s’agit de ne pas le mettre au tout premier plan pour ne pas tomber dans l’illuminisme ou le mysticisme. Les révélations des pseudoprophètes actuels font souvent soit abandonner la Parole de Dieu, soit y ajouter ou en retrancher. L’avertissement est des plus sévères: «A celui qui ajoute, j’ajouterai les plaies… A celui qui retranche, je retrancherai son nom de l’arbre de vie» (Apoc 22.18,19).

Relative au Christ, la mise en garde est de ne pas détacher le Christ des Écritures. Sinon, nous substituons au Christ vivant une idole à la mesure des hommes, un christ humain, fait par les hommes: un christ social, moral, exemplaire, révolutionnaire, panthéiste, cosmique… Le sermon sur la montagne est une prédication dont la portée sublime n’a jamais été égalée. Mais est-il vécu dans le christianisme, par les chrétiens? Ces paroles vont droit au coeur pour qui les reçoit telles quelles.

Malheureusement, le christianisme n’est généralement pas compris dans ce sens! Bien que nous chantions: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre», il n’y a aujourd’hui ni gloire à Dieu, ni paix sur la terre…

Passons aux Écritures, pour lesquelles la mise en garde est de ne pas nous y attacher sans reconnaître aussitôt le Christ en leur centre. Sinon, nous allons vers une orthodoxie morte, comme les chefs religieux du temps de Jésus.

L’autorité exercée par Dieu nous oblige à une écoute fidèle et soumise, qui produit une action spontanée et persévérante. On ne fait pas une action pour écouter ensuite. On écoute d’abord, puis on agit après avoir bien écouté et bien compris.

Je mentionne ici, sans approfondir, la révolte des hommes contre Dieu et son autorité. Je cite 2 Tim 4.3-5: «Il viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité, se tourneront vers les fables. Mais toi, sois sobre en tout, supporte les souffrances, fais l’œuvre d’un évangéliste, remplis bien ton ministère. »

2. Une autorité contestée

Nous vivons dans un monde post-chrétien. L’apôtre Paul, dans la deuxième épître à Timothée, parle du temps de l’apostasie. On peut parler de post-modernité. Le sentiment est là que la modernité a implosé après la seconde guerre mondiale. Les causes de cette situation conduisent à la contestation de toute autorité, avec la conséquence d’une marche vers le chaos.

Il y a refus de toute autorité, un refus de soumission, de n’importe qui pour n’importe quoi. Paul écrit à Timothée: «Dans les derniers temps, les hommes seront rebelles à leurs parents.» Ceci est révélateur d’un état d’esprit qui se généralise, tant il est vrai que les parents sont le symbole même de l’autorité. Et c’est par là que tout commence! Encore que, parfois, les enfants n’aient pas besoin de se révolter contre les parents, parce que tant de parents sont totalement inexistants…

La Bible est une cible de choix de la rébellion, car c’est une cible accessible! Dieu, en quelque sorte, serait la première cible; mais lui reste complètement en dehors des limites d’atteinte des hommes. Ce que les hommes peuvent dire, écrire, faire, ne le touche absolument pas dans sa sainteté, dans sa gloire, dans sa puissance, dans son autorité. Par contre, cela le touche sûrement dans son amour, parce qu’il aime les hommes…

Quel est l’effet des plaies terribles décrites dans Apoc 16 dont Dieu punit le monde révolté contre lui? «Les hommes blasphémèrent le nom de Dieu qui a autorité sur ces fléaux.» L’homme impuissant ne peut rien faire d’autre que de blasphémer.

Alors, puisque Dieu est inaccessible, reste la Bible, la Parole de Dieu. C’est contre elle que se dirigent les assauts des hommes. Cette contestation n’est ni d’hier, ni d’avant-hier. Elle existe depuis les origines. Le serpent demande à la femme: «Dieu a-t-il réellement dit?…» (Gen 3.1). Théologie du soupçon, qui en Éden, a atteint la cible.

Aujourd’hui s’est installée une atmosphère de relativisme quasi totale. Il n’y a plus de vérité absolue. Le récit biblique lui-même est découpé en petits fragments de tradition locale. On n’imagine plus que notre religion soit universelle, puisque tout est relativisé! On n’a même plus le droit de prononcer un jugement, car le faire serait oser faire preuve d’autorité! Personne n’a le droit d’exercer une discipline! Alors du relativisme, on passe au pluralisme, où tous les systèmes sont valables, tous les credos sont vrais. La tolérance est reine! Le vrai et le faux sont conciliables et conduisent au scepticisme, qui finit par produire le cynisme.

Logiquement, on arrive à la dévaluation des hiérarchies. J’entends par là les niveaux de qualité. A l’école comme ailleurs, on ne peut plus donner des évaluations réelles. C’est là le plus court chemin vers la médiocrité. Tout est rapporté à soi-même. La personne devient le centre de l’univers. Et l’individu n’a plus de devoirs, seulement des droits.

Et ce que je dis là se trouve dilué dans nos églises locales, parfois, à un moindre degré, même à dose homéopathique. C’est pourquoi nous avons à rétablir les normes bibliques, car le Seigneur nous a mandatés par son salut. Il nous a mandatés dans le service de son champ et de sa vigne, et pour ce faire, il nous a donné – et c’est la troisième partie de l’exposé – une autorité déléguée.

3. Une autorité déléguée

Dès la création de l’homme dans Gen 1 et 2, Dieu lui confie la gérance sur toute vie végétale et animale, et il en aura à en rendre compte.

N’oublions pas la femme, l’alter ego de l’homme. Par sa féminité, elle accompagne et complète la masculinité d’Adam, créé le premier, il ne faut pas l’oublier. Je vous confesse qu’il y a un texte que je n’ai jamais compris. C’est celui de l’épisode de Gen 2, qui raconte comment Dieu a fait venir les animaux auprès de l’homme pour qu’il leur donne des noms, avec ce prolongement mystérieux: «Et il ne trouva pas d’aide semblable à lui.» Alors Dieu plonge l’homme dans un profond sommeil de type narcotique afin que naisse la femme! De l’ich (homme) surgit l’icha (femme). Et quand l’homme se réveille, c’est l’émerveillement.

Le fait que l’homme ait été créé le premier est plusieurs fois rappelé par l’apôtre Paul, qui va jusqu’à écrire: «Et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme» (1 Cor 11.9). Aussitôt l’apôtre inspiré par l’Esprit présente le complément en disant: «de même que la femme a été tirée de l’homme, de même l’homme naît par la femme, et tout vient de Dieu» (1 Cor 11.12). La femme s’inscrit dans une indispensable complémentarité. Que le mari soit responsable de l’autorité dans le couple et la famille… la femme n’en sera pas malheureuse si le mari se comporte à l’image de Christ, en l’aimant jusqu’à être prêt à donner sa vie pour elle (Eph 5.25).

Mais revenons à Genèse 3, le chapitre de la chute. Nous y lisons ce terrible verset: «Tes désirs se porteront vers ton mari, mais lui dominera sur toi.» Jésus expliquera dans Mat 20.26 ce qui s’est passé. Il évoque alors les nations qui abusent de leur pouvoir et ajoute: «Il n’en sera pas de même parmi vous. Quiconque veut être grand parmi vous sera votre serviteur.»

Jésus replace l’autorité dans son axe véritable. Dieu maintient la hiérarchie d’autorité. Mais il veut la voir être au service du bien des autres dans l’amour et le respect. Abram appelé par Dieu en Mésopotamie suit son vieux père Térah à Aram. Il y attend la mort de son père pour se remettre en marche. La structure patriarcale est ici respectée. Par la suite elle subsistera, modifiée il est vrai, par le respect dû aux parents: «Honore ton père et ta mère.»

Par extension, parlons maintenant des anciens. La première mention biblique en Gen 50.7 évoque ceux d’Égypte, pays païen. Plus tard, en Ex 3.16, sont mentionnés les anciens d’Israël.

Ils apparaissent comme ceux qui ont autorité sur le peuple. Plus tard encore, ils seront responsables de la ville, de la région, du pays. Ils dirigent, assument, tranchent dans les litiges. Booz en sait quelque chose: il ne peut pas prendre Ruth pour femme sans respecter la loi du rachat à l’égard d’un personnage dont le nom ne nous est pas donné dans le récit biblique. Booz se soumet à cette loi parce qu’elle vient de Dieu. Les anciens veillent à ce qu’il en soit ainsi.

Nous arrivons à l’église locale dans le Nouveau Testament. Les anciens ont une position clé. En Act 20.17,28, une certaine équivalence apparaît dans le discours de Paul adressé aux anciens (presbuteroi) qui sont évêques (episcopoi) et pasteurs paissant le troupeau (poimeroi). Leur profil est complété en Tite 1 et 1 Tim 3, concernant leur vie spirituelle, familiale, personnelle et communautaire. On ne peut pas accepter l’idée qu’un ancien soit nommé dans une église, s’il n’est pas un modèle dans sa famille, s’il n’est pas un bon époux pour sa femme, s’il n’est pas un bon père pour ses enfants. Ils doivent être des hommes de confiance et de responsabilité. Leur autorité en dépend. Dans Act 14.23, Paul et Barnabas font nommer des anciens dans chaque église. Après avoir prié et jeûné, ils les recommandent au Seigneur, en qui ils ont cru.

Je termine par les autorités civiles de ce monde. C’est un aspect important. Nous lisons dans Rom 13.1,2,5: «Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures; car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées par Dieu. C’est pourquoi celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordre de Dieu…». Il est donc nécessaire d’être soumis, non seulement à cause de la colère du châtiment, mais par motif de conscience». Ce principe est voulu par Dieu pour le droit, la justice, le bien-être et la protection de chacun. Le chrétien s’oblige à la soumission, à l’honnêteté, non par crainte des hommes, mais par motif de conscience!

Mais il faut ajouter que les autorités civiles n’ont pas le droit de faire n’importe quoi de cette autorité dont le principe vient de Dieu. Lorsqu’il y a empiétement des autorités sur l’obéissance due à Dieu, la résistance s’impose, au besoin jusqu’au martyre… Et il se pourrait bien que dans les temps qui viennent, nous nous retrouvions du côté de Pierre et Jean, qui répondirent: «Est-il juste devant Dieu de vous obéir à vous plutôt qu’à Dieu?» Notons que Jésus lui-même a respecté les autorités civiles. S’il a respecté l’autorité de Pilate, il ne l’a pas fait d’Hérode. Devant Pilate, Jésus a parlé; il l’a aidé à voir clair; d’ailleurs, la conscience de Pilate lui a bien fait comprendre que cet homme nommé Jésus était un juste…

Mais devant Hérode, Jésus n’a pas reconnu son autorité. A quoi pouvons-nous l’affirmer? Au silence obstiné de Jésus. Lui, Parole faite chair, n’a pas ouvert la bouche! Et Hérode, ne sachant pas comment faire, l’a raillé, signe d’impuissance exaspérée.

Nous devons nous souvenir que l’autorité que nous pouvons exercer n’est que déléguée. Nous n’avons pas le droit de nous l’approprier. Un gestionnaire n’est pas un propriétaire. Un serviteur n’est pas un seigneur. User et gérer ne veut pas dire abuser ou exploiter à son profit. Comprendre cela nous permet d’être prêts à exercer la pratique de l’autorité pour le bien des autres… et la gloire de Dieu.

L’AUTORITE DANS L’EGLISE LOCALE

2. La pratique

Jacques DUBOIS

La première partie du thème « L’autorité dans l’église locale » a été traitée dans le no 142 (octobre – décembre 2002) et touche « ses sources » qui sont en Dieu et en sa Parole. A différents niveaux, Dieu a délégué son autorité.

L’autorité a été donnée aux hommes pour être exercée en tous les domaines de l’existence. Le principe de l’autorité est bon en lui-même, mais la chute en a perverti la pratique. Dans la vie chrétienne, nous sommes parfois singulièrement marqués par des relents de la chute. Pour que le principe soit bienfaisant, il faut un esprit qui commande la pratique.

Quand les fils de Zébédée demandent à Jésus de partager son autorité, Jésus répond: « Les chefs des nations les tyrannisent, et les grands abusent de leur pouvoir sur elles; il n’en est pas de même parmi vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous sera votre serviteur; et quiconque veut être le premier sera l’esclave de tous. Puis il ajoute: Le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup » (Marc 10.37,42-45). Voilà la règle de l’esprit qui commande une vraie pratique d’autorité dans l’Église!

1. Comment reconnaître le vrai service ?

Par certains éléments de base, qui sont indispensables. Ils sont au nombre de trois: l’appel, les qualifications et l’amour.

a) L’appel

Remettons-nous en mémoire ces trois étapes obligatoires: Toi, suis-moi!, à quoi nous répondons: Me voici, Seigneur pour faire ta volonté. L’appel de Dieu est personnel. Il ne se présente pas à chacun de la même manière. Soyons prudents quand nous donnons notre témoignage, pour ne pas nous présenter comme modèles. Et n’essayons pas d’imiter le témoignage des autres, car l’appel découle d’une rencontre personnelle, vivante et décisive avec le Seigneur.

Cet appel doit être également reconnu par l’église locale, car nous ne sommes pas appelés à travailler en francs-tireurs. L’église doit pouvoir reconnaître l’appel.

Prenons le cas de Saul de Tarse. Son appel est dramatique, mais authentique. Cela pourtant ne suffit pas pour l’Église. A Damas, Dieu rassure Ananias quant à la véracité de l’appel reçu. Alors Ananias l’accueille en disant: Mon frère Saul! Plus tard, à Jérusalem, on se méfie du persécuteur devenu disciple. Il faudra l’intervention de Barnabas pour que la situation se décrispe…

Plus tard, à Jérusalem encore, il faudra que Jacques, Céphas et Jean donnent la main d’association et confirment que l’appel de Paul d’apporter l’Évangile aux païens est authentique. Il y avait les preuves: l’engagement, la persévérance et le bon témoignage.

Écoutons l’avis qu’un pasteur chevronné émit des décennies en arrière: « Ce ne sont pas cinq mille kilomètres qui vont vous transformer en un missionnaire efficace! Si vous ne l’êtes pas sur place, vous ne le serez pas au loin. Tel vous êtes ici, tel vous serez là-bas. »

b) Les qualifications

En plus de la reconnaissance de notre ministère, il faut en avoir les aptitudes.

Il y a d’abord des qualifications naturelles, qui dépendent de la naissance, de l’éducation et de l’exemple reçu. Timothée en est un modèle frappant: il avait appris les Écrits sacrés par sa mère et sa grand-mère, qui étaient chrétiennes, alors que son père grec était païen.

Puis il faut des qualifications acquises par la formation et l’étude. L’apôtre Paul avait été instruit aux pieds de Gamaliel. Devenu chrétien, il sonda les Écritures en profondeur.

Enfin, il y a des qualifications charismatiques. Je n’entends pas ici le mouvement que le nom évoque, mais les dons de grâce (nommés « charismes ») pleinement en accord avec le message biblique. En tant que chrétiens, nous participons forcément aux dons de l’Esprit. Ils sont nécessaires pour exercer un ministère que l’Ennemi attaque sans cesse.

Il est intéressant de voir comment le Seigneur dirige les uns et les autres. Au début de mon ministère, je pensais aller plutôt dans la direction de l’évangélisation. Mais après quelques mois, je me suis rendu compte que ce n’était pas la voie dans laquelle je devais m’engager. Le Seigneur conduit les siens.

c) L’amour

Sans lui, point de ministère durable et béni. Rappelons-nous 1 Cor 13 qui énumère une série d’exploits allant jusqu’au martyre, pour aboutir à la constatation que sans l’amour, tout cela n’est rien. Pour glorifier le Seigneur, il faut son amour.

Pierre a renié Jésus, qui lui demande trois fois: « M’aimes-tu? » Et Pierre répond: « Seigneur, tu sais que je t’aime ». Pour Jésus, cela suffit. Il charge Pierre de prendre soin de son Église.

Paul, quant à lui, dévoile le secret du succès de ses voyages missionnaires dans 2 Cor 5.14: « L’amour de Christ nous presse ». Le « nous » implique ses coéquipiers. Il fait écho aux paroles du Seigneur: « Demeurez dans mon amour, comme moi j’ai gardé les commandements de mon Père… Je vous ai dit ces choses, afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jean 15.9-11). Trois mots ressortent de ce texte: l’amour, le commandement et la joie. L’autorité dans le ministère repose sur ces éléments!

Et c’est ainsi que nous recevons l’autorité du Seigneur, de sa Parole et de son Esprit, pour accomplir la volonté du Père.

2. Comment mettre en œuvre l’autorité ?

a) Veiller sur nous-mêmes et persévérer

Ici apparaît une importante priorité. Même si ce n’est pas le lieu de la développer, j’aimerais néanmoins la citer. Au début du siècle passé, un petit fascicule avait été édité par la Convention de Keswick portant le titre: “L’ouvrier, plus que l’œuvre”. Voilà une priorité: « Prenez garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis » (Act 20.28)… « Veille sur toi-même, et sur ton enseignement. Persévère dans ces choses, car en agissant ainsi, tu te sauveras toi-même, et tu sauveras ceux qui t’écoutent » (1 Tim 4.16). Cette priorité de soi-même n’est pas égocentrique. Il s’agit simplement du souci d’être cohérent et vrai.

Nous ne pouvons apporter aux autres que ce que nous avons reçu nous-mêmes. Et nous ne pouvons parler avec autorité aux autres de ce que le Seigneur demande, que si nous le vivons vraiment pour nous-mêmes.

b) La collégialité des anciens

Notons que le mot ancien est pratiquement toujours au pluriel. La collégialité est de rigueur! Dans l’Ancien Testament, il englobait les principaux responsables en Israël, à l’intérieur des familles, des clans, des tribus, comme à l’armée, ainsi qu’à l’intérieur des structures établies par Moïse sur le conseil de Jéthro. Il y avait donc un principe collégial bien structuré. Mais il y avait aussi des fonctions d’autorité qui s’exerçaient en solitaire: Moïse était le conducteur du peuple et législateur; le souverain sacrificateur, le juge, le prophète, le roi, tous ces ministères étant dans l’ancienne alliance.

Dans le Nouveau Testament, le principe collégial est présenté comme une norme. Jésus commence son ministère avec douze apôtres. Dans Act 15, l’église décide en commun de problèmes importants concernant l’avenir des chrétiens d’origine païenne: doivent-ils être circoncis ou non? A la fin des débats, nous lisons: « Alors il parut bon aux apôtres et aux anciens, ainsi qu’à l’église toute entière, de… » (v. 22). Et lorsqu’ils envoient la lettre, il est dit: “Car il apparut bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous imposer d’autres choses que ce qui est indispensable » (verset 28). Dans la liste des apôtres, des anciens et de l’église entière, le Saint-Esprit est mis au début.

c) Les responsabilités partagées des anciens

Dans l’église locale, des anciens sont nommés. Ils partagent les responsabilités. Il n’est pas toujours facile de se respecter et de lutter ensemble. Les divergences doivent se résoudre, car nous devons apprendre à vivre et à travailler ensemble. Cela comporte certains risques. Il existe un jeu subtil de personnalités. Il faut à tout prix éviter un rapport de force par lequel un des anciens chercherait à imposer sa volonté, ouvertement ou plus discrètement. Il en résulterait une hiérarchie à laquelle il deviendrait difficile de résister. Cela est vrai non seulement dans les conseils d’église, mais également dans les commissions synodales et les pastorales. Cette situation peut entraîner des églises dans une direction nouvelle pas toujours très heureuse.

La véritable autorité spirituelle ne se prouve pas par le succès ou la réussite, mais dépend de l’humilité, de l’écoute de chacun, de l’honnêteté, de l’amour pour le Seigneur, sa Parole et son Église.

3. Les grands axes

Je voudrais rappeler les grands axes qui doivent se traduire dans la pratique de chacune de nos vies.

a) La prédication enseignement

D’abord, la prédication enseignement: elle est la fonction première de l’Église de faire entendre, avec autorité, la parole de Dieu! Rom 10.17: « La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ ». Elle sauve, elle engendre, fait croître, sanctifie, prépare le chrétien à rencontrer son Dieu; elle doit demeurer au cœur de la vie de l’église locale.

Dans les églises de la Réforme, la chaire était au centre, ce qui signifiait la priorité donnée à la parole de Dieu. De nos jours, les prédications se rétrécissent comme une peau de chagrin, au soulagement des prédicateurs autant que de l’audience – cela demande moins d’efforts! Quant aux études bibliques hebdomadaires, les églises les ont trop souvent abandonnées…

Quelle en est la raison? Les aînés n’aiment plus sortir le soir. Les gens actifs n’ont pas le temps, et les jeunes ne s’y intéressent guère. A la place, on a mis des témoignages, des partages, des études à thèmes sociologiques et beaucoup de musique. Comme cela a été dit: “La louange est devenue parfois l’enzyme glouton de nos cultes!

Tous ces éléments doivent pourtant rester à leur place. Nous ne devons pas les écarter, mais notre responsabilité est de veiller à garder le sens des proportions, en intervenant avec tact quand il le faut, tout en nous demandant aussi si nous ne sommes pas un peu responsables. Savons-nous toujours rendre vivant et pratique le texte des Écritures? Comment enseignons-nous? Nos exhortations ne sont-elles pas parfois un peu trop moralisantes?

Dans les Évangiles, combien de fois est-il dit que Jésus enseignait? Les quatre Évangiles comprennent environ une cinquantaine de textes. Qu’en est-il dans le livre des Actes? Le livre s’ouvre par ce premier verset: « …tout ce que Jésus a commencé de faire et d’enseigner ». Le dernier verset présente Paul: « …il prêchait le royaume de Dieu et enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ, en toute assurance et sans empêchement ». Et entre ce début et cette fin, constamment référence est faite à l’enseignement … sans parler des épîtres qui sont essentiellement didactiques.

Immédiatement après la Pentecôte, le profil de l’Eglise se dessine ainsi: « Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres… » Il en découle ce qui suit: communion fraternelle, fraction du pain, prières, etc… (Act 2.42-47).

Le Baptême et la Cène sont à placer dans le prolongement de cette annonce, comme proclamation de la mort du Seigneur et de sa résurrection. A propos de la Sainte Cène, les responsables veilleront à ne pas mettre des personnes en position d’autorité si elles n’ont pas la maturité. L’ordre, la bienséance et le respect sont de mise, sans tomber toutefois dans le formalisme.

b) L’herméneutique

Puis vient l’herméneutique, qui tend vers l’application de la Parole, conformément à l’analogie de la foi. Car à quoi servirait une prédication qui renierait l’inspiration divine de la Bible, pour annoncer un autre évangile qui ne produirait aucun fruit?

L’herméneutique oblige à appliquer correctement les leçons pratiques du message divin. L’autorité, quand elle est responsable, oblige à voir les différentes situations, à encourager ce qui aide le peuple de Dieu à rester fidèle, et à dénoncer les dangers qui menacent la fermeté et la persévérance à suivre le Christ.

c) La discipline

Elle appelle l’autorité des anciens. Certains membres se mettent alors facilement sur la défensive. N’associons pas prioritairement autorité et discipline, car l’autorité déborde la discipline. Celle-ci n’est pas d’abord punitive, mais éducative. Lorsqu’il faut se résoudre à une autorité disciplinaire, la situation devient délicate. Le serviteur de Dieu redoute de devoir exercer une telle autorité qui, dans certains cas, est pourtant inévitable.

d) Le domaine relationnel

Nos églises locales représentent une famille dont les membres sont unis par l’Esprit. Mais certains d’entre eux sont aussi liés par les liens du sang. Cela peut être une force et une bénédiction. Mais quand intervient dans ce contexte une décision disciplinaire, le réflexe du clan familial joue soudain un rôle affligeant. Il arrive qu’on rencontre une résistance farouche quand un membre de sa famille doit être discipliné.

Les situations de ce genre fragilisent la foi et affectent le témoignage. Des personnes quittent une église dans laquelle ils sont depuis des années, simplement parce que l’on a osé toucher à des membres de leur famille… Il faut que l’autorité soit fondée sur le Seigneur et sa Parole, pour résister à ce genre d’épreuve. La fidélité est à ce prix.

e) Le domaine des mœurs

Une autre situation douloureuse touche au domaine des moeurs. L’Église vit dans le monde. Dieu le veut pour le témoignage. Il faut savoir si l’Église influence le monde ou si c’est le monde qui influence l’église! Toutes les dénominations de nos églises évangéliques sont impliquées. L’amour libre, le mariage à l’essai, le concubinage, l’homosexualité, sont-ils tolérés comme une variante de l’amour? Avons-nous l’autorité pour résister au nom de la Parole de Dieu, et d’annoncer le Christ? Dans les camps de jeunes, acceptons-nous la cigarette, l’alcool, la drogue? Sommes-nous à ce point tenaillés par la crainte de passer pour des « légalistes » que nous n’osons plus recommander l’observation des commandements de Dieu (1 Jean 2.3-6)?

Avons-nous réfléchi à ce que pourrait nous réserver l’avenir proche? Quand les homosexuels et les lesbiennes auront obtenu le statut légal, avec tous les droits normalement réservés aux couples hétérogènes, qu’arrivera-t-il lorsque de tels « couples » demanderont à être baptisés, accueillis à la Cène, puis engagés dans toutes sortes d’activités? Serons-nous assez fermes et courageux, au risque d’être accusés de ne plus respecter la loi du pays ? C’est nous qui risquons d’être pris en défaut par le non-respect des textes légaux! Ce sera alors le moment de nous rappeler cette parole: Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Car il faudra bien que la Parole de Dieu continue à primer sur celle des hommes.

4. La pratique des apôtres

Chez les Galates, le fondement était menacé. L’apôtre leur adresse un avertissement sévère: « Je m’étonne que vous vous détourniez si vite de celui qui vous a appelés, par la grâce de Dieu, pour passer à un autre évangile! Non pas qu’il y en ait un autre, mais il y a des gens qui vous troublent et qui veulent pervertir l’évangile du Christ. Mais si nous-mêmes ou un ange du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème! Nous l’avons dit précédemment et je le répète maintenant… Est-ce la faveur des hommes que je désire ou celle de Dieu? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ » (Gal 1.6-10).

Paul aborde ce problème parce qu’il l’estime fondamental. Il a commencé par dire: Je m’étonne… Surprise douloureuse, comme un cri du cœur en même temps qu’il contient beaucoup de tendresse et d’amour blessé.

Cette autorité, le monde ne la comprend pas. Elle est pourtant la marque distinctive de l’autorité spirituelle. Elle correspond à la pensée de Dieu. Paul ne cède pas un pouce de terrain dans l’accommodement éventuel d’un évangile qui serait “légèrement autrement”! Et il va même plus loin. Parlant par hypothèse, il dit: “Quand un évangile différent porterait la marque apostolique ou même angélique, et quand cet apostat serait moi, ne le recevez pas!”

L’apôtre ne se place pas au même niveau que la Parole reçue, encore moins au-dessus d’elle! Il est simplement le serviteur de cette Parole. Combien plus nous! Inspirons-nous de son attitude. D’autant plus que l’apôtre avait reçu la grâce de transmettre des révélations nouvelles (Eph 3.3-13). Aucun homme ne peut le faire aujourd’hui. La Révélation écrite interdit qu’on puisse ajouter ou enlever quoi que ce soit (Apoc 22.18-19).

Que Dieu nous donne de rester fidèles à sa Parole donnée une fois pour toutes. Nous n’avons pas d’autre autorité que celle-là. Mais exerçons-la avec amour et discernement pour tous ceux que le Seigneur place sur notre chemin.

5 Réponses à “Institut (cours) biblique (gratuit) leçons 9:L’Autorité dans l’église locale”

  1. Merci pour votre connaissance via le net car cela me fait du bien dans le sens de la formation personnelle et les disciples dans mon nouveau ministère. J’aime être enseigner. Je vous encourage pour ce grand travail que vous realisez pour promouvoir le royaume de Dieu dans le monde.
    Si jamais c’est la volonté de Dieu que vous nous veniez en aide dans le cadre de la formation cela sera la bienvenue.

  2. Enel Exume dit :

    j’aimerais participer aux cours Bibliques pour mieux connaitre le plant de Dieu pour moi

  3. Tonguino TK Nestor dit :

    quelle faites vous partie
    est-ce de l’église batie par christ selon Math 16:18
    que Dieunous en plus

  4. jean lophene dit :

    j.aimes vos etudes.mais comment faire pour pourvoir suivre d’autre cours,je suis en haiti j’aimerais pouvoir suivre d’autre etude.

  5. feola claudie dit :

    Bonjour,

    J’ai été très émue de lire autant de vérités dans vos études notamment « L’église locale »!!
    Je voudrais entrer en contact avec vous pour connaitre votre ministère d’enseignement.Je suis sur le point de faire des études de théologie(faculte theologie evangélique libre jean calvin aix en pce).Je prie beaucoup pour conforter mon appel.Pouvez-vous m’aider?J’ai 55 ans ,30 ans d’ ADD,services,évangélisation,école du dimanche…..et je viens de me rendre compte que je ne connais même pas qquerl est mon véritable appel!!!!!!!Je veux étudier systématiquement La Parole De Dieu,entrer dans une véritable connaissance par Le Saint Esprit mais aussi par les docteurs et enseignants que Dieu a donné à son peuple!Voulez-vous m’aider?Merci .A bientôt.Fraternellement

    Claudie Feola

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