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Series d’ études sur le livre de Jérémie le prophète

1 – Jérémie le prophète (1/6)

Introduction

Pourquoi se pencher sur les livres prophétiques de l’Ancien Testament et pourquoi s’arrêter sur celui de Jérémie? Parce que la situation du monde d’aujourd’hui – accroissement de la violence et de la corruption, dénigrement des droits, tolérance du mal, déviations religieuses – ressemble étrangement à la société juive d’alors. Les prophètes ont été appelés par Dieu après la double faillite de la sacrificature et de la royauté (cf. 1 Samuel 1 à 4 et 1 Rois 11). Derniers témoins du ciel avant l’arrivée du Messie, ils annoncent un message qui comporte des menaces de jugement sur le péché, des exhortations à la repentance et des promesses de restauration nationale.

Lorsque nous abordons la partie prophétique de l’Ancien Testament, nous trouvons en tête les noms d’Esaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel, surnommés communément «les grands prophètes», en opposition avec les douze autres «petits prophètes». Pourtant tous ont eu un rôle à jouer à un moment déterminant de l’histoire d’Israël.

Résumons dans l’ordre chronologique: Joël commence en décrivant l’invasion de sauterelles (image de l’armée assyrienne); puis Amos, Michée et Esaïe suivent en dénonçant l’apostasie, l’idolâtrie et l’hypocrisie d’Israël, alors que les nuages s’amoncellent à l’horizon. Osée et Jonas prophétisent lorsque le royaume du Nord (les 10 tribus d’Israël) est sur le point de tomber sous les coups des Assyriens. L’un reproche à Israël son infidélité et l’autre à Ninive sa méchanceté. Nahum apparaît et prononce ses oracles sur Ninive qui va être prise par Nebucadnetsar. Plus tard, tandis que le royaume de Juda succombe sous les assauts des Chaldéens, Jérémie, Habakuk et Sophonie le soutiennent dans cette effroyable catastrophe en suppliant le peuple rebelle de revenir à Dieu.

Après la destruction de Jérusalem, Abdias élève sa voix solitaire contre Edom. Puis durant la captivité, Ezéchiel et Daniel affirment les droits de Dieu sur cette terre, devant les leurs et devant leurs oppresseurs. Et lorsque s’accomplit le retour de l’exil, Aggée, Zacharie et Malachie reçoivent la mission de secouer la torpeur du peuple, d’annoncer le jugement des nations et le rétablissement d’Israël, de condamner le formalisme des sacrificateurs sclérosés dans leurs fonctions et la superficialité d’un peuple qui déshonore Dieu dans la famille et dans le culte.

Revenons aux quatre premiers noms au sujet desquels F. Godet a écrit: «On peut comparer Esaïe à un chêne majestueux ombrageant de ses rameaux touffus le palais des rois de Juda au temps de sa splendeur. Jérémie ressemble à un saule pleureur dont les branches pendent sur le sol au milieu des ruines de ce château désolé. Ezéchiel fait l’effet d’une de ces plantes aromatiques de l’Orient dont les vivifiantes senteurs embaument la contrée et raniment le cœur du voyageur défaillant. Daniel est comme un arbre qui s’élève au milieu d’une vaste plaine et que l’on discerne de toutes parts; c’est le signal au moyen duquel la caravane peut s’orienter dans sa marche.»

Il est aussi intéressant de mettre Esaïe et Jérémie face à face. Les deux ont vécu dans la compagnie de rois de Juda, à un siècle d’écart. Esaïe a vu Jérusalem délivrée de l’Assyrie sous Ezéchias; Jérémie a vu Jérusalem détruite par Babylone sous Sédécias. Le premier, témoin de la décadence du peuple, annonce un Dieu saint qui ne tolère pas le péché (Esaïe 1:16-20). Le second, témoin de la chute irrémédiable du peuple, annonce un Dieu juste qui frappe le pécheur (Jérémie 5:6-9).

Si la vie d’Esaïe nous est peu connue, celle de Jérémie transparaît au travers de toutes les pages du livre et permet de comprendre le drame qui se joue sous ses yeux. Sa personne et son ministère sont étroitement liés. Son nom signifie «celui que Dieu a établi» ou «l’Eternel est élevé». Jérémie est né à la fin du règne de Manassé, a grandi sous celui d’Amon et celui de Josias. Fils du sacrificateur Hilkija – de la ville d’Anathoth, habitée principalement par des familles d’anciens sacrificateurs (cf. 1 Rois 2:26) – il a commencé de prophétiser la 13e année du règne de Josias (628 av. Jésus-Christ), à l’âge probable de 20 ans. Les deux hommes avaient sensiblement le même âge. Animés d’un même zèle pour l’Eternel, ils vont servir Dieu et collaborer pendant dix-huit ans. Le point commun qui rapproche ces hommes si différents – Josias hardi, Jérémie craintif – est leur détermination à faire la volonté de Dieu d’un cœur tout entier. On le voit bien pour Josias, lors de la découverte du livre de la loi dans le Temple cinq ans plus tard: «Josias fit disparaître toutes les abominations de tous les pays appartenant aux enfants d’Israël, et il obligea tous ceux qui se trouvaient en Israël à servir l’Eternel, leur Dieu. Pendant toute sa vie, ils ne se détournèrent point de l’Eternel, le Dieu de leurs pères» (2 Chroniques 34:33).

Revenons à Jérémie: l’homme est sensible, impressionnable, prompt à la réplique (cf. Jérémie 37:4), endurant dans la souffrance morale et physique. Son caractère est marqué par des contrastes. C’est un homme qui pleure, mais c’est aussi un homme qui tonne! Les sacrificateurs d’Anathoth sont parmi ses premiers adversaires car son message dérange. Il en aura beaucoup d’autres, car tout au long du livre, Jérémie prêche dans un climat hostile qui ira en augmentant. Le prophète reste fidèle malgré les calomnies et les persécutions de toutes sortes, et il s’en remet au jugement de Dieu. Resté célibataire sur l’ordre de l’Eternel (chap. 16:1-2), il connaît une solitude implacable, mais un feu dévorant brûle dans son cœur et il ne peut le contenir (chap. 20:9).

Le ministère de Jérémie a duré près de 50 ans pendant lesquels il a dénoncé sans défaillance et sans indulgence sous cinq rois et un gouverneur l’infidélité obstinée de Juda et son jugement imminent. Témoin de quatre invasions étrangères et de trois déportations successives en Babylonie, il a subi le long siège de Jérusalem, pendant la seconde moitié duquel on l’a jeté en prison. Quelques commentateurs pensent que le «prophète» (cf. Jean 1:21; 6:14; 7:40), c’est Jérémie. En tout cas, lorsque Jésus pose la question: «Qui dit-on que je suis?», les disciples désignent Jérémie dans leur réponse, avec Elie et Jean-Baptiste (Matthieu 16:14). La foule du temps de Jésus, passive et attentive à la fois, avait fait un rapprochement entre Jésus et Jérémie; une opposition larvée et persistante qui éclata sous plusieurs formes violentes contre Jérémie (chap. 28:10; 37:16; 38:6), une opposition larvée et persistante jusqu’à la croix contre le Seigneur Jésus (Marc 3:6; Luc 13:31; Jean 11:53). Entraîné de force en Egypte, Jérémie y mourut probablement à l’âge de 70 ans.

La tradition rapporte qu’Esaïe fut scié (cf. Hébreux 11:37) dans un tronc d’arbre creux où il s’était réfugié alors qu’il était poursuivi par Manassé, le grand-père de Josias. De la mort de Jérémie, nous ne savons rien, sinon que c’est loin de son pays qu’il disparut, dans cette Egypte dont Dieu avait dit: «Vous ne retournerez plus par ce chemin-là» (Deutéronome 17:16). Ici nous voyons un dernier trait paradoxal de la vie et du ministère de ce grand serviteur de l’Eternel dont le professeur Moorehead a dit: «Ce fut le lot de Jérémie de prophétiser en un temps où toutes choses, en Juda, couraient à la catastrophe lamentable et finale, lorsque l’excitation politique était à son apogée et lorsque les pires passions agitaient les clans où les conseils les plus fatals prévalaient. Il lui fut demandé d’être debout dans le chemin que la nation fuyait pour sa destruction, de faire un effort héroïque pour l’arrêter, de faillir dans cette tâche et de voir son propre peuple – qu’il aimait avec la tendresse d’une femme – plonger dans le précipice et dans la ruine la plus inexorable.»

Après cette courte introduction, j’aimerais voir avec vous les 6 divisions suivantes, contenues dans les versets 1 à 3 du chapitre 1:

  • la vocation de Jérémie

  • l’époque de Josias, l’énergique

  • l’époque de Jojakim, le rebelle

  • l’époque de Sédécias, le faible, 1ère partie

  • l’époque de Sédécias, le faible, 2e partie

  • après la destruction de Jérusalem.

La vocation de Jérémie (Jérémie 1)

Lorsque Dieu appelle Jérémie, Josias – le dernier roi pieux de la lignée de David – est en pleine offensive pour purifier le pays des idoles innombrables qui le remplissent (2 Chroniques 34:3-7). Jérémie, enseigné par son père Hilkija, n’était pas avec lui. Ignoré de tous, d’un naturel réservé, il gardait sa foi pour lui tout en approuvant l’action de Josias qui, intrépide et inflexible, renversait les idoles jusqu’à les réduire en poussière (cf. v.4). Mais Josias ne peut pas demeurer plus longtemps seul dans la bataille, car il ne suffit pas de supprimer les idoles, il faut regagner le cœur du peuple à Dieu, ce qui est beaucoup plus difficile tant le péché sous toutes ses formes a prise sur lui. L’homme que Dieu choisit pour cette tâche immense n’est pas un ambitieux, c’est Jérémie le modeste. Qui de nous aurait agi ainsi? Ne sommes-nous pas portés vers ce qui frappe les regards, rassure par des airs confiants ou conquérants, enthousiasme par des démarches hardies et originales? «L’Eternel regarde au cœur», a-t-il dit à Samuel qui se trompait sur la pensée de Dieu en considérant la stature d’Eliab (1 Samuel 16:7). Nous avons ici quelque chose d’élémentaire, mais d’important à retenir en une époque où tout le poids est mis sur l’homme, ses facultés et ses capacités. Si nous laissons Dieu régner sur nos cœurs et nos pensées, nous pourrons dire comme Jérémie : «La parole de l’Eternel me fut adressée» (1:4). Ce qui nous est rapporté ensuite, dans ce face à face très sérieux, fait penser à la rencontre de Moïse avec Dieu au désert, dans le buisson ardent. Même intimité, même intensité, même irrévocabilité.

Quand Dieu a quelque chose à nous communiquer, il apparaît dans sa gloire, embrasse le temps dans son entier et laisse une marque définitive sur l’instrument choisi. Ici, c’est la bouche de Jérémie qui est touchée par la main de l’Eternel. Son ministère en portera la trace du commencement à la fin.

L’appel au ministère, versets 4-10

Nous avons trois mouvements: un passé connu (v. 4-5) – un avenir défini (v. 6-7) – un présent impérieux (v. 8-10).

Un passé connu: «Avant que je t’aie formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu sois sorti de son sein, je t’avais consacré, je t’avais établi prophète des nations» (v. 5). Merveilleuse déclaration! Dieu se présente non seulement comme l’auteur de la vie physique de la conception à la mort, mais comme le «père des esprits» (Hébreux 12:9) qui connaît d’avance la personnalité qu’il va façonner, et comme un souverain qui choisit et établit un chef sur ses sujets avant que personne ne l’ait vu et n’ait eu le temps de porter un jugement critique ou flatteur sur lui. Courbons-nous et adorons ce Dieu dont les projets sont sûrs et vont au-delà de ce que nous pouvons penser ou imaginer. «Dieu n’est point un homme pour mentir, ni fils d’un homme pour se repentir. Ce qu’il a dit, ne le fera-t-il pas? Ce qu’il a déclaré, ne l’exécutera-t-il pas?» (Nombres 23:19). Quelle assurance, chers lecteurs, de croire et comprendre cela en un temps de désarrimage individuel et collectif sur tous les points: familial, religieux, social et politique. Oui, Dieu n’a pas changé, il vous connaît dès l’éternité et veut vous employer selon son plan.

Un avenir défini: A l’ouïe de ces paroles, Jérémie répond: «Ah. Seigneur Eternel! voici, je ne sais point parler, car je suis un enfant» (v. 6). Cette objection nous fait de nouveau penser à Moïse en Exode 4:10, mais Jérémie ne s’obstine pas et l’Eternel peut lui dire: «Tu iras vers tous ceux auprès de qui je t’enverrai, et tu diras tout ce que je t’ordonnerai» (v.7). Considérez comment Dieu met de côté la protestation d’inefficacité et comment il ramène le calme dans l’âme bouleversée de Jérémie. Ce qu’il aura à proclamer découlera de sa communion avec Dieu, d’une claire vision du travail et d’une force irrésistible. C’est pourquoi il n’omettra rien des ordres et tous seront atteints. Dieu n’œuvre pas à moitié et ne parle pas à voix basse.

Un présent impérieux: «Je suis avec toi pour te délivrer… Je mets mes paroles dans ta bouche… Je t’établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes» (v. 8-10). La mission confiée au prophète comporte quatre actions négatives: arracher, abattre, ruiner et détruire; et deux actions positives: bâtir et planter. Quel programme pour un jeune homme de 20 ans! Le Dieu qui l’envoie est le Dieu d’lsraël et le roi des nations (cf. Jérémie 10:7). Pour Jérémie, israélite pieux, élevé dans la sacrificature, enfermé dans l’étroite vision du peuple élu, c’est un monde nouveau qui s’ouvre. Il a la révélation de la grandeur illimitée de Dieu: «Car l’Eternel étend ses regards sur toute la terre, pour soutenir ceux dont le cœur est tout entier à lui» (2 Chroniques 16:9). Tout en restant un vrai patriote, il sera purifié de l’esprit nationaliste qui caractérisait Jonas et pourra annoncer courageusement les terribles prophéties de jugement sur Juda et les autres peuples.

La confirmation de l’appel versets 11-19

Ce premier dialogue est appuyé par deux visions: celle de la branche d’amandier qui démontre que Dieu veille sur sa parole pour l’exécuter, et celle de la chaudière bouillante, symbole du châtiment divin sur le pays par les Chaldéens; ces derniers, originaires de la Babylonie du sud, race dominante dans le nouvel empire formé par Nebucadnetsar (v. 11-14). Puis Dieu expose sa volonté (v. 15) et la cause de cette décision (v. 16). Quel choc pour Jérémie qui apprend subitement la prochaine invasion de son pays et la destruction de sa capitale! C’est pourquoi Dieu enchaîne tout de suite avec un ordre: «Ceins tes reins, lève-toi» (v. 17), une garantie: «Je t’établis en ce jour» (v. 18) et une promesse: «Je suis avec toi pour te délivrer» (v. 19). Ainsi l’engagement de Dieu est total dans cette entreprise. Sa puissance n’est pas limitée par l’inexpérience et le tempérament de Jérémie. Au contraire, ce qui peut paraître un défaut au premier degré est le moyen par lequel Dieu fait éclater sa gloire.

En conclusion, l’objectif de cette étude n’est pas spécialement l’analyse systématique du livre, encore moins un long développement d’ordre prophétique. C’est surtout une approche de Jérémie, l’homme de Dieu, accomplissant un ministère ingrat avec une vaillance et une fidélité absolues. Le message percutant de ce livre n’est pas amoindri par les réactions personnelles du prophète qui déclare la Parole de Dieu telle qu’il la reçoit et quelles qu’en soient les conséquences désagréables pour lui. Dieu cherche encore aujourd’hui des hommes et des femmes, des jeunes et des aînés de cette trempe pour bâtir et planter (cf. Jérémie 1:10) malgré un monde délabré et une chrétienté disloquée. Il est vrai que le découragement peut nous envahir sans faire de bruit à la vue d’adversaires si nombreux, mais c’est aussi pour nous que Jérémie 1:19 a été écrit: «Ils te feront la guerre, mais ils ne te vaincront pas; car je suis avec toi pour te délivrer, dit l’Eternel.»

2 – Jérémie le prophète (2/6)

L’époque de Josias, l’énergique – chapitres 2 à 12

Je commence cette 2e étude par une courte biographie du roi Josias pour cadrer le début du ministère de Jérémie.

Josias monte sur le trône à l’âge de 8 ans, en 639 av. Jésus-Christ, alors que la situation morale du peuple paraît désespérée. Le prophète Sophonie donne le verdict de Dieu: «Je détruirai… j’exterminerai… j’étendrai ma main sur Juda, et sur tous les habitants de Jérusalem» (Sophonie 1:1-6). Objet d’une prophétie particulière trois siècles auparavant (cf. 1 Rois 13:2), Josias, instrument de Dieu, n’est donc pas le fruit du hasard. Petit-fils de Manassé le profane – repentant à la fin de ses jours et s’efforçant vainement de réparer tout le mal qu’il avait fait – le jeune Josias fut une consolation pour le vieillard contrit qui concentra alors tous ses efforts pour lui transmettre la foi en un Dieu juste et miséricordieux. Devenu roi à la suite de l’assassinat de son père Amon, Josias fut probablement enseigné par Hilkija, souverain sacrificateur en charge. Agé de 16 ans, il commença à rechercher le Dieu de David puis il entreprit de débarrasser Juda et Jérusalem de leurs idoles (cf. 2 Chroniques 34:3).

Au moment où Dieu déclenche une offensive, il choisit souvent, à côté de celui qui a une authentique autorité divine, un groupe de personnes unies et revêtues de l’Esprit pour exécuter sa volonté à n’importe quel prix. Ici nommons Hilkija, Jérémie le prophète, Schallum, Hulda (cf. 2 Rois 22:14), Schaphan, secrétaire du roi, et peut-être Sophonie, arrière-petit-fils d’Ezéchias.

Josias est ferme, courageux, résolu, il achève ce qu’il commence. Ce redressement dura quelques années (cf. 2 Chroniques 34: 3-8), au terme desquelles il ordonna de remettre le Temple à neuf. A cette occasion le livre de la loi fut retrouvé, et Schaphan le lut devant le roi. Touché alors par la Parole de Dieu, Josias s’humilie et envoie une délégation avec Hilkija pour consulter l’Eternel (cf. 2 Rois 22:11-20); c’est le point de départ d’un remaniement encore plus intense (cf. 2 Rois 23:4-20) couronné par une célébration de la Pâque (cf. 2 Chroniques 35:1-19).

Le roi Josias perd malencontreusement la vie plus tard dans un combat qui ne le concernait pas (cf. 2 Chroniques 35:20-25). Le texte sacré nous fait remarquer que Josias fut d’un calibre unique et qu’aucun autre roi ne revint à Dieu d’une manière si complète (cf. 2 Rois 23:25).

C’est sur cette toile de fond historique que Jérémie, fortement encouragé par les promesses de Dieu, parle à la conscience des individus en dehors des institutions établies. Contrairement à ce qui l’attend plus tard, il bénéficie de l’appui du roi Josias, nouvel Elie, totalement engagé pour Dieu (cf. 1 Rois 19:10). Cependant, le peuple demeure rétif, le long et désastreux règne de Manassé a corrompu la saine conception de Dieu, et si les idoles ont été détruites, le besoin de les adorer subsiste parce que le retour à Dieu n’a pas eu lieu. Cette anomalie conduit immanquablement au formalisme et à la superstition. Le dynamisme du roi n’a pas transformé les gens. Juda reste dur et révolté. A travers Jérémie, Dieu reproche l’absence de volonté sérieuse, la ruse et les faux-semblants (Jérémie 3:10). Un devoir rigoureux, une bonne habitude, une loi répétée ont peu de valeur si la relation fondamentale avec Dieu n’est pas établie.

Une lecture attentive des chapitres 2 à 12 nous permet de distinguer trois parties, correspondant au développement de l’action de Josias, avant, pendant et après la restauration du Temple.
 

1. Abandon de l’Eternel (chap. 2 à 6)

Jérémie reçoit l’ordre d’aller à Jérusalem pour dénoncer l’abandon de la foi (2:1-3) puis prêcher la repentance (3:6-4). Le grief principal de Dieu contre son peuple se résume en 2:13: « Car mon peuple a commis un double péché… » Comparé à une fiancée affectueuse lorsqu’il suivait l’Eternel au désert (2:2), Israël est devenu comme une femme infidèle (2: 20-37), une prostituée obstinée (3:1-5). Il a abandonné le premier amour pour le culte des idoles, oublié les bénédictions du début pour ressembler aux autres nations païennes (Egypte et Assyrie). C’est le drame d’un amour trahi qui déclenche des questions de la part de Dieu (2:5, 11, 21, 23).

Cette situation de divorce crée un désarroi, dans le peuple prêt à courir n’importe où pour chercher du secours, comme aujourd’hui les déprimés, les malades, les angoissés, les déboussolés cherchent un soulagement là où ils ne le trouveront pas. Ils courent après des guérisseurs de néant et sont eux-mêmes réduits à néant (2:5). Les courants de médecines en vogue sont un signe qui ne trompe pas. Et pourtant la solution n’est pas loin. Dieu est prêt à se laisser trouver par ceux qui le cherchent de tout leur coeur (29:13), mais Israël n’a pas dit: «Où est l’Eternel?» (2:6-8). Depuis longtemps il a rejeté la relation légitime avec Dieu et s’est attaché à des idoles comme Baal (le culte de la force), Astarté (le culte du corps) et Moloch (les faux sacrifices). Le livre des Juges nous rapporte comment – contaminé par la religion cananéenne – le peuple abandonne l’Eternel pour aller après d’autres dieux (Juges 2:12). Il a fallu des hommes de la trempe des juges, puis de Samuel et de David pour le ramener à Dieu. Nouveau déclin sous la monarchie malgré les avertissements des premiers prophètes. Israël est comparé à des animaux du désert en chaleur, incapables de résister à leur instinct naturel (Jérémie 2:24-28).

Ces événements sont un enseignement pour le croyant uni à Jésus-Christ comme le sarment l’est au cep (cf. Jean 15:1-8); il se détourne des idoles modernes telles que la volonté de puissance, l’argent, la consommation à tout prix, la libération de tous ordres, le besoin répété d’évasion pour fuir la réalité. On entend quelquefois: «Je suis une victime» ou: «Je suis innocent» (cf. Jérémie 2: 35). Ne nous y trompons pas, Dieu est lumière autant qu’amour et s’il est riche en bonté et en fidélité, il ne tient point le coupable pour innocent (cf. Exode 34:7).

Dans un premier temps, on perçoit donc la déception divine; vient ensuite l’appel à la repentance lancé par Jérémie et ce qui en découle positivement: «Défrichez-vous un champ nouveau, et ne semez pas parmi les épines… circoncisez vos coeurs» (4:3-4; cf. Actes 26:20). Toute cette partie se termine par la prédiction (4:5-31), le pourquoi (5:1-31) et le comment (6:1-30) du jugement.

2. Confiance illusoire (chap. 7 à 9)

D’emblée nous voyons Jérémie à la porte du Temple où la foule vient adorer l’Eternel (7:2). Les idoles ont disparu et Josias a contraint tout Israël à servir Dieu (2 Chroniques 34:33), mais le peuple reste incrédule malgré les formes. Pire encore, ils ont conservé les coutumes païennes qu’ils pratiquent en cachette (7:17-19).

En Jérémie 7:4 nous trouvons un péché commis non seulement au temps de Josias, mais aussi à d’autres époques, celles d’Ezéchias, d’Esaïe, de Malachie, de Jésus, et par l’Eglise depuis son origine jusqu’à nos jours. Ce péché consiste à placer sa confiance non pas à Dieu, mais dans un lieu ou un monument – ici le Temple – puis dans le système religieux qu’il représente, dans les rites et les cérémonies qui l’accompagnent, dans les hommes qui officient, dans les souvenirs d’heures glorieuses, dans l’atmosphère qui se dégage d’un pèlerinage.

Les Israélites répétaient: «C’est ici le temple de l’Eternel, le temple de l’Eternel» (7:4), paroles d’autosatisfaction, de fausse sécurité et d’orgueil, suivies d’inertie, en contraste avec l’ordre du verset 3: «Réformez vos voies et vos oeuvres, et je vous laisserai demeurer dans ce lieu.» Quand on s’attache au contenant plus qu’au contenu, à la partie plus qu’au tout, au visible plus qu’à l’invisible, à l’ombre plus qu’à la réalité, on tombe dans la confiance illusoire (Segond : espérance trompeuse), accompagnée de fantasmes stériles. La force divine ne réside pas dans la pierre ou une institution, mais dans la Parole et la présence du Seigneur. Le peuple aveugle sur la grandeur de Dieu n’a fait que transférer son idolâtrie sur quelque chose de vrai, mais d’incomplet, de temporaire et d’extérieur. En effet, le Temple est d’origine divine; sa construction et ses plans ont été approuvés de Dieu; son culte a été prescrit par Moïse; sa liturgie est consignée dans le Pentateuque. Cependant, cela n’est pas une garantie suffisante pour que les participants soient dans la vérité. Seule une relation de foi personnelle met toutes choses à leur place – Dieu et l’homme; le pardon et le péché – elle empêche une dévotion superstitieuse à un bâtiment.

Ici, nous sommes placés en face des dangers latents des formes et des rites qui n’ont aucune vertu s’ils sont dissociés de la soumission à la Parole et de la vie de l’Esprit. L’histoire du rite dans l’humanité concerne aussi les chrétiens. Voici comment il devient un pouvoir mensonger et tyrannique même dans l’Eglise:

  • D’abord subordonné à la Parole, il se contente de l’éclairer par l’expression verbale et gestuelle.

  • Quand il est établi dans l’esprit et dans les habitudes, il parvient par degrés à égaler puis à supplanter la Parole.

  • Par sa pratique périodique, son rythme cyclique, son assujettissement à des règles précises, le rite contribue à la mise au pas, puis à la réduction au silence de la Parole de Dieu.

  • Devenu juge au lieu de rester témoin, le rite fait toujours plus appel à l’intervention de l’homme qui usurpe la place de Dieu

  • En trouvant un allié dans la nature humaine, la société, la culture et la religion, le rite flatte les goûts et les sentiments des hommes qui les pratiquent, alors que la Parole de Dieu contre l’orgueil et l’égoïsme.

  • La situation est mûre – à ce moment-là – pour introduire au nom de Jésus-Christ, des maximes, des formes, des normes qui sont en opposition flagrante avec la Révélation.

  • Ainsi le Seigneur est mis de côté, il n’est plus consulté, on s’égare dans la tradition, le spectacle.

Côtoyer un système de près et ne croire en Dieu que de loin n’a épargné ni Israël, ni l’Eglise, car il n’y a rien de plus commun, de plus entraînant et de plus conforme à notre nature déchue que la pratique de rites religieux. Mais alors – dira quelqu’un – pourquoi Dieu a-t-il institué une religion cérémonielle dans l’Ancien Testament ? La réponse nous est donnée dans les Epîtres aux Galates et aux Hébreux: la loi, avec ses rites, convenait à un état d’enfance nécessitant des tuteurs et des administrateurs (cf. Galates 4:2); Jésus-Christ abolit l’ancien culte – ce qu’on offre selon la loi – pour établir le second – faire la volonté de Dieu (cf. Hébreux 10:9).

Tous les hommes et femmes de foi présentés dans l’Ancien Testament Le connaissent du dedans et non du dehors seulement. Fidèles à l’observation de la loi, ils en connaissent les limites et se réfugient dans la miséricorde divine (Psaume 6:5). La forme tue la force de Dieu, le rite prend la place de la vie, si Dieu n’est pas prépondérant. Et quand Dieu est repoussé – ce qui est le cas sous Jérémie – toutes les déviations sont possibles (cf. Jérémie 7:9-11).

En conclusion, comme le dit Adolphe Monod: «II n’y a de foi vivante que la foi personnelle, que celle qui traite directement avec Dieu sans souffrir ni un pasteur, ni un saint, ni un ange, ni une feuille, entre elle et lui.»

3. L’alliance violée (chap. 10 à 12)

Le style antithétique du prophète éclate (chap. 10); il oppose le néant des faux dieux à la gloire éternelle de Dieu. La fin du règne de Josias correspond à un rejet de l’alliance conclue lors de la découverte du livre de la loi. La réponse négative du peuple le prouve: L’homme qui n’écoute point; ils n’ont pas écouté; ils n’ont pas prêté l’oreille; ils ont refusé d’écouter mes paroles (cf. 11:3, 8, 10).

On comprend sans peine la crise de découragement de Jérémie (11:18-12:6) qui assiste à cet interminable dédoublement du peuple. Le nom de l’Eternel est près des lèvres et loin du coeur (12:2). Cent ans plus tôt, Esaïe dénonçait déjà ce fléau (cf. Esaïe 29:13). Arrêtons-nous un peu sur le monologue de Jérémie. Ses états d’âme sont le reflet d’un serviteur de Dieu fidèle, aux émotions intenses, à la conscience pure, au coeur généreux.

Mis au courant d’un complot contre lui, il se compare à un agneau qu’on mène à la boucherie (cf. Esaïe 53:7), s’en remet à l’Eternel des armées, juste juge, qui sonde les reins et les coeurs (cf. 11:20), puis s’entretient avec Dieu: Pourquoi et jusqu’à quand? (cf. 12:1 et 4).

Ah! comme nous aimerions connaître la raison et la durée des « échardes » qui nous gênent, nous dérangent ou nous agacent! L’apôtre Paul a prié trois fois le Seigneur d’éloigner de lui l’écharde qui le faisait souffrir (2 Corinthiens 12:8) sans qu’il soit exaucé, mais il a compris qu’il pouvait la supporter avec la grâce de Dieu (v. 9). Jérémie s’entend répondre d’une façon étonnante qu’il aura à endurer d’autres combats encore plus difficiles: «Si tu cours avec des piétons et qu’ils te fatiguent, comment pourras-tu lutter avec des chevaux? Et si tu ne te crois en sûreté que dans une contrée paisible, que feras-tu sur les rives orgueilleuses du Jourdain?» (12 : 5).

Autrement dit pour l’homme d’aujourd’hui: Si tu ne peux pas marcher avec les tracas quotidiens, comment pourras-tu courir dans la tourmente qui t’attend? Si tu te replies dans ton jardin, comment pourras-tu nager contre le courant de la chrétienté en faillite?

En conclusion, l’état de Jérémie nous interpelle. Soyons vrais: le découragement guette les enfants de Dieu, même les plus affermis! Il est, en général, le résultat d’un long travail de sape dans l’âme. Il peut arriver subrepticement ou brutalement. Sa manifestation est due à diverses causes: un obstacle insurmontable malgré des tentatives répétées pour en venir à bout; une peur irraisonnée devant l’ampleur et la durée d’une entreprise; une volonté extérieure contrariante qui paralyse systématiquement les élans et les intentions; une estimation exagérée et faussée du danger au point que l’on devient pygmée au lieu d’être géant; une coutume établie qui s’affirme avec excès, dénie le droit à la différence et s’oppose à toute nouveauté; la présence forcée d’ennemis, d’opposants et de traîtres dans un groupe.

Le découragement, qui tarit l’énergie à sa source, est contagieux par l’inaction et la tristesse. Combattu et traité sur le bon terrain, celui de la Parole de Dieu, il cède la place à la détermination d’avancer coûte que coûte, les épaules débarrassées de fardeaux écrasants, «ayant les regards sur Jésus, qui suscite la foi et la mène à la perfection» (Hébreux 12: 2).

3 – Jérémie le prophète (3/6)

L’époque de Jojakim, le rebelle – chapitres 13 à 20

Comme d’autres prophètes, Jérémie n’a pas écrit dans l’ordre chronologique; il faut donc rajouter les chapitres 25, 26, 35 et 36 pour avoir une idée complète du règne de Jojakim. D’autre part, les chapitres 21 et 22 comprennent un message adressé aux quatre derniers rois, dont Jojakim. Nous y puiserons des informations complémentaires.

La mort du roi Josias fut une catastrophe nationale. Grièvement blessé sur le champ de bataille de Meguiddo, il fut ramené à Jérusalem où il mourut. Tout Juda et Jérusalem le pleurèrent (cf. 2 Chroniques 35:24), et le deuil décrété laissa des traces profondes dans le peuple puisque, 120 ans plus tard, Zacharie en parle encore dans une prophétie (cf. Zacharie 12:11). On imagine facilement les sentiments qui animèrent Jérémie lorsqu’il apprit la nouvelle tragique. Il composa une complainte (cf. 2 Chroniques 35:25) et comprit à ce moment-là la réponse de Dieu à ses interrogations. Il se prépara alors à «lutter avec les chevaux» (cf. Jérémie 12:5) !

Josias avait eu quatre fils (cf. 1 Chroniques 3:15). Le premier-né Jochanan est probablement mort jeune car l’Ecriture n’en parle pas. Le trône devait revenir à Jojakim – deuxième fils – mais contre toute logique, ce fut le dernier fils, Joachaz – appelé parfois Schallum – qui monta sur le trône, poussé par le peuple (cf. 2 Chroniques 36:1). Une intrigue d’ordre politique en est peut-être la raison: Jojakim avait des sympathies égyptiennes alors que celles de Joachaz se portaient du côté de l’Assyrie. A l’époque, ces deux nations se partageaient des zones d’influences qui débordaient tour à tour sur la Palestine. Mécontent de ce choix, le roi d’Egypte vint à Jérusalem pour destituer Joachaz et le remplacer par Jojakim qui devint son vassal (cf. 2 Chroniques 36:4). Les trois mois de règne de Joachaz ne laissèrent aucune empreinte, sinon celle du mal; il mourut en Egypte.

Jojakim gouverna 11 ans (608 à 597 av. J.-C.); il ne ressemblait pas à son père Josias. Tyrannique, violent, opportuniste, adonné à l’idolâtrie et au luxe, il se construisit un palais somptueux sans rétribuer la main-d’œuvre (cf. Jérémie 22:13-17). Mais comme un écrivain l’a dit: Les palais n’assurent pas la stabilité d’un règne, car malgré toute cette pompe, et à cause de sa rébellion contre Nebucadnetsar, Jojakim fut lié plus tard avec des chaînes d’airain pour être conduit à Babylone où il mourut misérablement (cf. 2 Chroniques 36:6). Personne n’a jamais connu sa sépulture et le jour de sa mort on ne tint pas plus compte de lui que d’un âne (cf. Jérémie 22:19). Contrairement à son père, aucune lamentation ne fut composée pour lui.

La révélation centrale des chapitres 13 à 20 porte sur l’irrévocabilité du jugement. La situation s’est dégradée, le ciel s’est obscurci depuis le temps de Josias. Israël tourne le dos à Dieu (cf. 2:27; 32:33) et refuse de pratiquer la justice malgré les avertissements, les menaces et les déclarations contenues dans les chapitres 2 à 10. L’instrument du châtiment à venir sera le roi de Babylone et son armée qui s’entreprendront – après la victoire sur Pharaon Neco à Carkemisch en 605 av. J.-C. – à refouler les Egyptiens jusque dans leur pays en subjuguant les régions traversées (cf. 46 : 2). Ici on comprend que les événements historiques sont modulés par Dieu et servent à son dessein.

Dieu prévient Israël par des signes: la ceinture de lin, la sécheresse, le célibat de Jérémie, la maison du potier, le vase brisé. Les prophètes s’adressaient autant aux yeux qu’aux oreilles de leur auditoire. Ils se heurtaient à un problème courant de nos jours: un public indifférent. Responsables de la réception du message, ils utilisèrent bien avant le temps la méthode audio-visuelle! Ces signes, avec les nombreux renseignements que nous avons sur Jérémie et Jojakim, nous permettent d’établir un plan pour notre 3e étude.

1. Le prophète menacé (chap. 26)

Après la mort de Josias, Jérémie doit s’affirmer, en particulier lorsqu’il réprimande Jojakim pour son extravagance (cf. 22:13-19). Sa vie est nettement plus risquée, et sa vocation prend tout son sens devant l’incapacité du roi à juger avec sagesse au nom de Dieu. Au début du règne de Jojakim, Jérémie est envoyé dans le parvis de la maison de l’Eternel pour annoncer la Parole de Dieu; il manque de mourir puisque ses auditeurs s’écrient dans l’indignation: «Tu mourras.» Choqués, tenant des propos haineux contre le prophète qui ne craint pas de leur dire la vérité, ils l’accusent devant les chefs de Juda qui se déplacent pour régler son cas (cf. 26: 2-11). On se croit dans les Evangiles lorsque le sanhédrin accusait Jésus devant Pilate (cf. Luc 23:2), mais la distance entre le Fils de Dieu et le prophète demeure. Si Jésus a laissé les événements se dérouler, Jérémie lui, se défend. Son heure n’est pas encore venue et le retournement du peuple le prouve (cf. 26:16). Le fait est d’autant plus remarquable que Jojakim, dans son despotisme, avait déjà fait mourir un autre homme de Dieu (cf. 26:21-23).

2. La ceinture de lin détruite (chap. 13)

La ceinture neuve de Jérémie, portée devant tout le monde, est l’image d’Israël dans sa relation initiale (cf. v. 11); et celle qu’il ramène plus tard, détériorée, représente le royaume de Juda dénaturé. L’application est faite séance tenante: «Ainsi parle l’Eternel : C’est ainsi que je détruirai l’orgueil de Juda et l’orgueil immense de Jérusalem» (v. 9). Le peuple plaçait sa confiance dans la ville de Jérusalem comme dans un talisman; le poids des habitudes rendait cette ville invulnérable depuis l’époque d’Ezéchias, c’était légendaire. Cependant Dieu n’est pas lié par ses interventions passées (cf. 2 Chroniques 32:20-23), ni par le renom et la réputation d’un centre religieux, pas plus que par les moments bénis que chacun peut connaître; ce qui compte, c’est la fidélité présente. La parole terrifiante: «Rien ne m’empêchera de les détruire» (13:14) est immédiatement suivie d’un appel à écouter et prêter l’oreille, à rendre gloire à l’Eternel avant qu’il fasse venir les ténèbres (cf. v. 15-17); Dieu tente de sauver en repoussant les limites du jugement.

La question personnelle du verset 22: «Pourquoi cela m’arrive-t-il?» monte du cœur. Dans notre façon de parler limitative et superficielle, le cœur est lié à la vie affective – le cœur qui aime ou qui déteste, le cœur qui désire ou qui craint – alors que dans la pensée biblique le cœur a un sens beaucoup plus large: il désigne la partie profonde et centrale de la personnalité; il est le siège de la vie intérieure; la pensée intime et secrète. Un verset des Proverbes résume bien cette définition: «Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui viennent les sources de la vie» (Proverbes 4:23). Dans les rapports humains, le cœur est donc soustrait aux regards et on ne le connaît qu’indirectement par ce qu’en traduit la face et ce qu’en rapportent les lèvres (cf. Proverbes 15:13 et 16:23), et plus directement par une attitude intérieure droite. Mais les paroles et les actes peuvent le dissimuler (cf. Proverbes 26:23-26), car l’homme a la redoutable capacité de se dédoubler, causant ainsi un malentendu sans fin et des situations indémêlables. La myopie de sa conscience lui fait voir double ce qui est simple aux yeux de Dieu et louvoyer périlleusement. Toutes les déviations sont alors possibles. Jérémie parle de l’accoutumance à faire le mal (cf. 13:23).

Aux prises avec l’appel de Dieu, l’homme peut aussi se tirer d’affaire par un déguisement. Il pratique un culte extérieur uniquement par de belles paroles pour compenser un désengagement (cf. Psaume 78:36; Amos 5:21). Déjà sous Esaïe, l’Eternel démasquait la malfaçon: «Quand ce peuple s’approche de moi, il m’honore de la bouche et des lèvres; mais son cœur est éloigné de moi, et la crainte qu’il a de moi n’est qu’un précepte de tradition humaine» (Esaïe 29:13). Dans Jérémie, l’Eternel pointe en profondeur: «J’éprouve le cœur, je sonde les reins » (17:10). Et que voit-il?

  • Ce peuple a un cœur indocile et rebelle (cf. 5:23).

  • Ils ont suivi le penchant de leur cœur mauvais (cf. 7:24; 13:10; 16:12; 18:12).

  • Ils ont des visions mensongères à cause de la tromperie de leur cœur (cf. 14:14).

  • Le cœur est tortueux par-dessus tout et il est méchant (cf. 17:9).

  • Maudit soit l’homme… qui détourne son cœur de l’Eternel (cf. 17:5).

La grande tâche de Jérémie est de crier sur les toits l’iniquité du peuple, cette sorte de septicémie morale incurable. Une telle déclaration est démodée aujourd’hui, mais ce sont là des vérités profondes. Les entendons-nous encore dans nos Eglises où un vent d’humanisme souffle ? On relativise tout, la grandeur de Dieu se rétrécit et c’est ainsi que l’on retombe dans le culte extérieur mentionné plus haut.

Pourtant la loi prévoyait un commandement positif: «Tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force» (Deutéronome 6:5). Nous avons là toute la composition de l’être: le cœur, centre de la personnalité; l’âme, siège de l’affectivité; la force, la volonté. Marc ajoute: «… de toute ta pensée», c’est-à-dire avec ton intelligence (Marc 12:30).

Samuel s’en fait l’écho: Revenez, ôtez, dirigez, servez de tout votre cœur! (cf. 1 Samuel 7:3). David priait avec ferveur: «0 Dieu! crée en moi un cœur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé» (Psaume 51:12).

Jérémie, dont Dieu a touché la bouche (cf. 1:9) prédira une nouvelle alliance où la loi sera écrite dans le cœur du peuple (cf. 31:31-34). Ezéchiel, sur qui Dieu a mis sa main (cf. Ezéchiel 1:3) déclarera: «Je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair» (36:26).

3. Le fléau de la sécheresse (chap. 14 et 15)

Dieu continue d’avertir le peuple par degrés successifs, car ce n’est pas la première sécheresse (cf. Deutéronome 28:24). Quand la conscience n’est plus touchée, Dieu envoie un prophète et quand ce prophète n’est plus écouté, il appesantit sa main. Cela fait encore partie de sa patience (cf. Romains 2:4).

Après une description de la sécheresse et de ses conséquences, Jérémie confesse les péchés du peuple en s’identifiant à lui; mais Dieu refuse l’intercession de Jérémie qui dialogue, et pleure; bien plus, Jérémie plaide (cf. v. 1-22). Nouveau refus, le caractère inévitable de la sentence se profile. La tension monte, il ne s’agit plus des on-dit. Autant Dieu est puissant dans sa miséricorde, autant il est ferme dans son jugement. Sa sainteté le demande, sa justice l’exige.

Jérémie est accablé (cf. 15:1-10). Tous le maudissent et pourtant il ne vit pas au crochet du peuple. Pour le réconforter, Dieu éclaire l’avenir et lui fait une promesse qui va au-delà de sa propre personne (cf. v. 11). C’est une allusion voilée à la sainte postérité (appelée le reste, cf. Esaïe 1:9; Sophonie 3:13; Romains 11:5) qui renaîtra de ce peuple (cf. Esaïe 6:13) et reconstruira le Temple (cf. Esdras 1:5). En font partie les Juifs croyants qui se nourrissent de la Parole, se rattachent au Seigneur et ont la capacité de séparer ce qui est précieux de ce qui est vil (cf. 15:19). Nous la retrouverons au temps de Jésus et elle formera le noyau du nouvel Israël dans les temps à venir. Passant du physique au spirituel, la terre desséchée se change en sources d’eaux (cf. Esaïe 35:7), même pour Jérémie à qui Dieu réitère l’appel du début en 15:20.

4. Le célibat de Jérémie (chap. 16 et 17)

Au début du chapitre 16, le prophète est vu comme une valeur d’exemple car le peuple ne s’arrête pas seulement à ses paroles, mais à ses actes. Dieu lui ordonne le célibat (cf. v. 2) et l’abstention de toute vie sociale (cf. v. 5-8). Pourquoi ces mesures draconiennes? Cela paraît impensable de nos jours. Mais chargé d’une mission urgente, Jérémie doit consacrer toute son énergie à l’essentiel. Le fardeau que représente la destruction du pays dépasse les préoccupations légitimes, les peines et les joies de la famille et des amis. Il s’agit d’un cas particulier, ce n’est pas un appel à la fuite des responsabilités confiées à l’homme par Dieu, ni à une motivation égoïste. Paul reprend cette pensée en 1 Corinthiens 7:26- 35 où il recommande de se fixer comme but principal l’attachement au Seigneur sans distraction. Dans ce passage délicat, Paul ne prêche pas l’ascétisme ou le repli, mais il met l’accent sur une relation intense et personnelle avec Dieu dans un temps difficile. Tous les instants de notre vie appartiennent à Dieu, tout est sacré, et dans sa souveraineté il indique le chemin à chacun de ses enfants pour autant qu’ils se laissent éclairer et enseigner à ce sujet (cf. Psaume 25:4). Au verset 10 nous retrouvons cette malice démoniaque dans les questions posées par le peuple figé dans les formes. Mais la réponse de Dieu est sans équivoque: il sera déporté (cf. v. 11-13). Malgré cela la grâce est sous-jacente puisque Israël reviendra dans son pays et les nations se convertiront à Dieu (cf. v. 14-21). Je compare ici le livre de Jérémie à un torrent de montagne avec ses rebondissements perpétuels, ses eaux calmes ou tumultueuses.

La description de l’homme qui se confie en Dieu (cf. 17:5-8) nous amène à considérer plus loin le verset 12: «II est un trône de gloire, élevé dès le commencement, c’est le lieu de notre sanctuaire.» Nous trouvons là le secret de la puissance spirituelle de Jérémie, de son énergie inlassable, de sa compassion, de son indignation, de sa vie de foi, de sa nature de héros solitaire et inébranlable face à des hommes de tout acabit, de son intelligence des temps et du plan de Dieu. Cette sorte d’homme fait défaut en notre époque où tout s’accélère, se désarticule et se modifie.

Le mot sanctuaire est employé dans la Bible pour désigner le Tabernacle (cf. Exode 25:8; Hébreux 9:1-2), ou le lieu très saint (cf. Lévitique 16:12; Hébreux 9:25), ou encore Dieu lui-même (cf. Ezéchiel 11:16, version Darby). Dans le sens courant, le mot sanctuaire a d’autres acceptions que la Bible ne reconnaît pas:
– une grotte, un monticule où l’on se recueille devant une statue;
– un édifice consacré aux cérémonies d’une religion;
– dans la religion catholique au sens strict, partie de l’église située autour de l’autel où s’accomplissent les cérémonies liturgiques.

Pour revenir au sens biblique, le sanctuaire est le lieu où Dieu habite, parle et se révèle en exclusivité. L’homme n’y est admis que sur invitation. Dans l’Ancien Testament, seul le souverain sacrificateur avait droit d’entrer dans le lieu très saint une fois par an, lors de la fête des expiations (cf. Lévitique 16). Dans le Nouveau Testament, ce mot désigne le ciel, où Jésus-Christ ressuscité est entré une fois pour toutes. Assis à la droite de Dieu, il comparaît pour nous devant sa face, sauve parfaitement celui qui s’approche de Dieu par lui (cf. Hébreux 1:3; 7:25 ; 9:12, 24). Bien que sous la loi, Jérémie connaissait le lieu du sanctuaire dans ce dernier sens et il en avait une révélation profonde. Il ne dissocie pas l’intimité du sanctuaire de la majesté du trône. Il a une saine compréhension du caractère divin qui est amour et justice, grâce et vérité à la fois.

Ces considérations nous font voir la communion de Jérémie avec son Dieu comme un exemple pour nous:

  • Entouré d’ennemis et de rebelles qui projettent sans répit leur haine, leur dédain, leur cynisme et leur matérialisme, Jérémie trouve un refuge unique dans le sanctuaire où les adversaires ne peuvent l’atteindre. Le début du Psaume 18 décrit ce refuge comme une forteresse, un lieu de libération, un roc. Voilà pourquoi le croyant véritable tient bon au milieu des tourments et des persécutions.

  • Déconsidéré, soumis à des pressions incroyables, écrasé par le silence méprisant du peuple, Jérémie trouve le repos dans le sanctuaire. Alors les questions lancinantes disparaissent pour faire place à la paix qui surpasse intelligence et rafraîchit l’âme.

  • Conscient de son propre péché, fatigué par l’agressivité de ses compatriotes, Jérémie découvre les dimensions de la sainteté dans le sanctuaire. Dieu aime le pécheur, il hait le péché; il traite le mal à la racine, le dévoile, le juge et l’anéantit sans en être complice. Ainsi la relation avec le Père est pure, juste et forte (cf. Psaume 5:5).

Dès son appel, Jérémie a vu ce trône de gloire élevé; il n’a cessé d’en considérer les degrés et les effets, et c’est pourquoi il demande la guérison intérieure en 17:14. Ce besoin de purification naît d’une sérieuse prise de conscience, d’un dégoût de la superficialité. C’est la repentance d’un homme mûr avec cette qualité de foi que Dieu approuve, traduite par la déclaration: «Et moi, pour t’obéir…» (17:16). Nous sommes loin du fonctionnarisme ! Dans le même verset ce serviteur de Dieu affirme que ce qui sort de ses lèvres peut être vérifié. Quel réconfort de lire ce témoignage solide dans un temps où la vérité s’arrange.

5. La maison du potier et le vase brisé (chap. 18 et 19)

Dans les deux chapitres, Israël est représenté par un vase: le vase manqué et refait, allusion à la conversion nationale du peuple; le vase cassé, symbole du rejet qui vient.

Au chapitre 18, Jérémie descend dans la maison du potier pour le voir travailler. Souveraineté, autorité, liberté résument l’action de Dieu envers ce peuple qu’il a sauvé de l’esclavage et qu’il a établi en Canaan. Il n’améliore pas ce que l’homme abîme, mais il crée quelque chose de nouveau d’où les termes: homme nouveau (cf. Ephésiens 4:24), nouveauté de vie (cf. Romains 6:4).

Au chapitre 19, Jérémie reçoit l’ordre d’acheter un vase de terre et de se rendre dans la vallée de Ben-Hinnom pour le briser devant des représentants du peuple. Cette parabole en action a pour but d’éveiller l’attention des chefs sur la proche invasion chaldéenne. Celle-ci sera si meurtrière que le lieu s’appellera la vallée du carnage (cf. 7:31 à 34; 19:6).

6. Le prophète persécuté (chap. 20)

L’hostilité envers Jérémie se déchaîne dans ce chapitre. L’inspecteur en chef du Temple déteste tellement les paroles du prophète qu’il le frappe et le met en prison (au bloc, version Darby, dans les fers, version Synodale). Il s’agit d’un supplice où le condamné se trouve dans une position inconfortable, ni assis, ni debout, ni couché. Dieu veille sur son serviteur car il est relâché le lendemain d’une façon inexplicable (cf. v. 1-3). Peut-être que Paschur a fait un calcul: Jérémie tenaillé par la torture parlera moins et recherchera une alliance avec les chefs. Mais c’est inutile, car à peine sorti de prison, Jérémie prophétise encore. Un homme de Dieu de cette trempe ne va pas changer son message parce que les circonstances évoluent. Les versets 7 à 18 dépeignent les combats intérieurs de Jérémie qui souffre moralement, physiquement et spirituellement. Entortillé dans de violents états d’âme, il connaît des luttes âpres avec lui-même. Il ressemble à quelqu’un qui sent soudainement le sol craquer. C’est peut-être pendant la nuit au poteau que ces pensées ont défilé dans sa tête. Il subit la raillerie de tout le monde chaque jour. Les termes chaque jour, tout le monde et toutes les fois alourdissent l’épreuve. Il supporte aussi les mauvais propos, l’épouvante, l’accusation, la malveillance. Tout cela dans une grande solitude. Pourtant:

  • Dieu l’a saisi et l’a vaincu comme l’Ange avec Jacob;

  • il y a dans son cœur comme un feu brûlant qu’il ne peut maîtriser alors même que sa nature timide le décourage;

  • l’Eternel est avec lui comme un héros puissant (cf. v. 7-11).

Ces arguments le dégagent puis une nouvelle vague de tristesse à mourir s’abat sur lui (cf. v. 14). Cependant Jérémie ne se croit pas sur le divan du psychiatre et il ne faut pas confondre son combat avec la verbosité inutile du moi. Il n’y a pas de comparaison entre sa tâche et la nôtre, c’est pourquoi Jérémie laisse libre cours à des sentiments analogues à ceux de Job (cf. Job 3:1-6). Que dire devant une telle détresse ? Que c’est trop pour un homme d’être ainsi harponné ? Que sa résistance nerveuse cède?… Le reste du livre prouve que Jérémie possède des réserves insoupçonnées, un potentiel inusable. Oui, Dieu peut compter sur lui car il fait partie de la race des loyaux, des décidés, des persévérants et des conquérants.

7. Le livre brûlé (chap. 36)

Dans ce chapitre nous retrouvons Jojakim pour la dernière fois. Jérémie prêche depuis 23 ans (cf. 25:3), mais dès maintenant, il ajoute un autre moyen d’expression: le document écrit. En consignant ainsi toutes les prophéties, Dieu espère encore un signe de repentance, car nous lisons avec étonnement « je pense » et « peut-être » au verset 3. Dieu serait-il soumis à des caprices, ne connaîtrait-il pas le fond du cœur, ne saurait-il pas ce qu’il se veut, serait-il sensible à des fluctuations comme nous? Non, ces mots jaillissent de sa miséricorde. Je conseille au lecteur de prendre connaissance de tous les détails concernant la dictée de ce document et sa lecture publique (cf. 36:4-26). L’autorité de la Parole a un double effet: l’effroi chez les chefs (cf. v. 16), la colère chez Jojakim. Assis dans sa maison d’hiver, entouré de ses courtisans, ce dernier se fâche à l’ouïe des sévères paroles divines. Il coupe le livre avec le canif du secrétaire et le brûle entièrement dans la cheminée (cf. v. 23). L’Ecriture rapporte que personne ne fut effrayé et n’eut de problème de conscience, sauf trois hommes (cf. v. 24-25).

En donnant un coup de canif dans la Parole de Dieu, Jojakim a inauguré la longue série des critiques qui ont découpé la Bible en petits morceaux. Sa violence destructrice est lourde de conséquences: Nebucadnetsar assiégera Jérusalem en 605 av. J.-C., assujettira Jojakim et déportera dix mille personnes parmi lesquelles Daniel et ses compagnons (cf. 2 Rois 24:14; Daniel 1:1-2).

Quant à Jérémie, il redicta son livre à Baruc et l’enrichit par de nouvelles prophéties (cf. 36:32); c’est ainsi que le livre de Jérémie, tel que nous l’étudions, voit le jour. «La Parole de notre Dieu subsiste éternellement» (Esaïe 40:8).

4 – Jérémie le prophète (4/6)

L’époque de Sédécias, le faible – Chapitres 21 à 29

En parcourant le chapitre 21 et les suivants, on constate que la situation du pays mûrit. La confusion dénoncée au temps de Josias progresse. La désobéissance du peuple, le bouillonnement de désirs destructeurs des rois, les préjugés de la caste des princes font penser que le jour du jugement est proche. Dans ce temps de crise, une nouvelle catégorie de personnes se présente: les sacrificateurs et les faux prophètes. Jusqu’ici dans l’ombre, ils sont vus maintenant sous le jour le plus cru: leur acrobatie religieuse a su se mélanger à la politique pour proposer une démarche spirituelle au rabais.

Mais l’heure avance sur l’horloge du temps et le malheur est sur le point d’arriver: «Le lion s’élance de son taillis, le destructeur des nations est en marche, il a quitté son lieu, pour ravager ton pays» (Jérémie 4:7). Jojakim, mort de façon mystérieuse loin de son peuple (cf. 2 Chroniques 36:6), est remplacé par son fils Jojakin, âgé de 18 ans, probablement associé à son père dès l’âge de 8 ans (cf. 2 Rois 24:8). Personnage falot, copiant son père, il ne règne que cent jours car Nebucadnetsar assiège la ville de Jérusalem pour la deuxième fois en 597 av. J.-C. Les Babyloniens déportèrent ce jeune roi et sa famille, ses serviteurs, les dirigeants du pays et tous les ouvriers qualifiés (cf. 2 Rois 24:8-16; 2 Chroniques 36:9-10). Ezéchiel est déporté avec eux (cf. Ezéchiel 1:2). Tout porte à croire que la formation de ce serviteur de Dieu avait commencé avec Jérémie. Enseigné par le prophète, il put exercer son ministère parmi les Juifs exilés lorsque Dieu l’appela sur les bords du Kébar.

Notons ici que la transmission de la foi est une tâche vitale. Nous en avons plusieurs exemples dans la Bible: Moïse et Josué, David et Salomon, Elie et Elisée, Paul et Timothée. Voyons de plus près ce dernier exemple. Lors de son deuxième voyage, l’apôtre Paul prend Timothée avec lui (cf. Actes 16:3). Ils collaborent heureusement pendant dix ans, prêchent l’Evangile, implantent des Eglises, souvent avec d’autres compagnons d’œuvre comme Luc, Aristarque, etc. Forts différents l’un de l’autre, ils étaient unis par le lien de l’Esprit qui dépassait leurs particularités. La transmission de la foi demande une confiance totale, une relation de cœur étroite, une sensibilité aux choses de Dieu et avant tout, un objectif spirituel commun. Dans ces conditions, Paul pouvait exhorter Timothée à souffrir avec lui pour l’Evangile comme un bon soldat de Jésus-Christ, car les deux voulaient plaire à leur Chef, les deux comprenaient que les affaires superflues gênaient le combat et les deux désiraient intensément annoncer le royaume de Dieu. Timothée découvre en Paul un homme sûr, loyal, sans fraude et sans calcul. Aussi n’a-t-il pas honte de lui lorsqu’il est enchaîné (cf. 2 Timothée 1:16). Relevons ici que la solitude, l’abandon des autres, l’incompréhension de tous n’ont pas fait de l’apôtre Paul un homme désincarné. Au contraire, il lance cet appel: «Viens au plus tôt vers moi» (2 Timothée 4:9), il ajoute même : «Prends Marc… car il m’est utile pour le ministère» (2 Timothée 4:11).

La transmission de la foi s’opère, et Timothée ayant suivi de près un homme habité par Christ, et sachant de qui il a reçu un enseignement sérieux (cf. 2 Timothée 3:14) peut confier le message plus loin à des hommes fidèles. L’estime, le respect, l’amitié honorent la doctrine, adoucissent ce qui est technique et donnent toute sa valeur à une foi vécue à travers les persécutions et les souffrances.

Revenons à l’Histoire: Nebucadnetsar désigne Sédécias, oncle de Jojakin, pour régner de 598 à 587 av. J.-C. (cf. 2 Rois 24:17; 1 Chroniques 3:15). Le livre des Chroniques nous indique que Sédécias refusa de s’humilier et que l’idolâtrie déshonorait le Temple (cf. 2 Chroniques 36:12-14). Ezéchiel confirmera cet état plus tard. Mieux disposé et moins cruel que Jojakim, Sédécias au caractère faible, influençable, rusé et instable nous rappelle Hérode Antipas prenant plaisir à écouter Jean-Baptiste (cf. Marc 6:20) avant de le décapiter. Jérémie fut trahi par ce roi au lieu d’être soutenu (cf. Jérémie 38:5). Finalement la révolte de Sédécias contre Nebucadnetsar décide ce dernier à détruire Jérusalem.

Dans cette 4e étude, nous nous arrêterons sur cette époque extraordinaire en considérant les chapitres 21 à 29 et c’est dans la 5e étude que nous examinerons les chapitres 30 à 39 toujours sous le même titre. Comme nous l’avons déjà vu, les prophéties de Jérémie ne sont pas classées dans l’ordre chronologique. Il est probable même qu’il a répété à Sédécias celles qu’il a dites à Jojakim, ce qui explique ce va-et-vient entre les deux noms. Néanmoins, il y a un fil conducteur, une pensée sûre: Dieu châtie le peuple par degrés successifs jusqu’à la destruction finale.

1. Je combattrai contre vous (chap. 21 à 23)

La démarche de Sédécias trahit son inconscience: «Consulte pour nous l’Eternel; car Nebucadnetsar, roi de Babylone, nous fait la guerre; peut-être l’Eternel fera-t-il en notre faveur un de ses miracles, afin qu’il s’éloigne de nous» (21:2). Il se souvient du miracle accompli sous Ezéchias, lors de l’invasion assyrienne où tous les hommes périrent en une seule nuit sous les coups de l’ange de l’Eternel (cf. 2 Rois 19:35), et il espère naïvement que cela va se reproduire. La réponse de Dieu ne tarde pas: «Je combattrai contre vous, la main étendue et le bras fort… Je livrerai Sédécias… Nebucadnetsar les frappera du tranchant de l’épée» (21:5-7). Le jugement est sévère, mais l’Eternel offre encore la possibilité de se rendre aux Chaldéens pour avoir la vie sauve (v. 9). La demande insolite de Sédécias prouve son propre vide après avoir tenu Dieu à distance. La condamnation définitive de la maison royale est prononcée (cf. 21:11 à 22:30), et la venue du Messie, appelé le germe juste (cf. 23:5), est annoncée dans des circonstances extrêmes.

Dénonciation des faux prophètes (23:9-40)

Leur activité néfaste enlise le peuple dans l’impureté, la médiocrité et la misère. Ils ont la particularité de rejeter la Parole de Dieu pour substituer la leur en chloroformant la conscience de leurs auditeurs. Ils sont corrompus au point d’illusionner le peuple par l’art consommé du double langage. Sept charges sont énumérées contre eux dans les versets 21 à 36:

«Je n’ai point envoyé ces prophètes, et ils ont couru» (v. 21). Ces hommes méconnaissent Dieu et par conséquent n’ont pas de vocation. Consumés par la soif de paraître, ils s’imposent. L’Ecriture sainte prédit l’apparition de faux prophètes avant le retour de Jésus-Christ (cf. Matthieu 24:11 et 24). Les doctrines répandues, sous couvert d’une recherche de Dieu, doivent être sérieusement testées par la Parole de Dieu (cf. Actes 17:11).

«lls prophétisent en mon nom le mensonge» (v. 25). Si le diable n’arrive pas à pervertir complètement les hommes par l’idolâtrie, il s’efforce de donner une image inexacte de Dieu. A ces fins, les faux prophètes prennent le droit de parler en son nom et, pour compenser des problèmes non réglés, font parler la Bible dans le sens qui plaît (cf. 2 Timothée 4:3).

«lls pensent faire oublier mon nom à mon peuple par les songes que chacun d’eux raconte à son prochain» (v. 27). Ici, le nom de l’Eternel est carrément mis de côté. On élabore des théories aux conceptions du monde moderne; on gomme ce qui est bien au profit de ce qui est mal. Ce système confusionniste embue tout discernement et fait glisser imperceptiblement dans l’autonomie spirituelle.

«J’en veux aux prophètes qui se dérobent mes paroles l’un à l’autre» (v. 30). Ces gens empruntent le langage biblique pour n’offrir qu’un succédané de l’Evangile où la miséricorde divine est diluée au point que plus personne n’est condamné: le pardon est accordé sans réserve et sans différence à tous, sauvés ou perdus.

«J’en veux aux prophètes qui prennent leur propre parole et la donnent pour ma Parole» (v. 31). Ici, on reconnaît un dangereux syncrétisme. Quelle aubaine pour l’égoïsme papal des faux prophètes qui bafouent la grandeur de Dieu et justifient le péché. On en arrive en quelque sorte à une «morale à la carte», sans point fixe.

«J’en veux à ceux qui prophétisent des songes faux, qui les racontent, et qui égarent mon peuple» (v. 32). Le travail de sape des faux prophètes, au profit d’influences démoniaques, creuse un vide, épaissit l’angoisse et asservit les âmes.

«Vous tordez les paroles du Dieu vivant» (v. 36). Dans ce dernier passage nous trouvons sept fois le terme «menace de l’Eternel». Organisateurs de chaos, les faux prophètes jettent le discrédit sur Dieu et ironisent sur les prophéties authentiques.

Dans la foulée, il est bon de rappeler ce qu’est le vrai prophète: c’est quelqu’un qui se tient devant Dieu et déclare sa Parole avec autorité en un temps de crise; littéralement, «il est la bouche de Dieu». La note de jugement n’exclut pas celle de la grâce et de l’appel à la repentance. La prédiction de l’avenir n’est qu’une partie de la tâche du vrai prophète car il veut avant tout communiquer un message reçu dans la sainte présence de Dieu. C’est pourquoi le texte de Jérémie 23:29 brille comme un diamant dans ce chapitre. Il glorifie la puissance de la Parole de Dieu et ses effets bénéfiques. Reconnue comme telle, elle agit, et si les faux prophètes l’étouffent, Jérémie la met hautement en valeur en annonçant la vérité qui affranchit.

Dans l’Ecriture, la Parole est comparée à une épée (cf. Ephésiens 6:17), à un miroir (cf. Jacques 1:23), à une semence (cf. Luc 8:11), à de l’eau (cf. Ephésiens 5:26), à une lampe (cf. Psaume 119 :105), à une nourriture (cf. 1 Pierre 2:2). Ici, elle est à la fois un feu et un marteau.

Commençons par le feu: présent dans l’histoire d’Israël (cf. Genèse 15:17), ce signe n’a rien à voir avec les philosophies de la nature ou avec les religions qui divinisent le feu. Il est un symbole de la présence de Dieu car c’est souvent pendant un dialogue que l’Eternel se manifeste en forme de feu (cf. Exode 3:2; 19:18). Lors de la traversée du désert d’Egypte en Canaan, le feu représente la sainteté divine sous son double aspect attirant et redoutable. Déjà en Horeb, Moïse captivé par le spectacle du buisson ardent, tente de s’approcher et reçoit l’ordre de se déchausser car le lieu est saint (cf. Exode 3:5). Plus tard, au Sinaï, la montagne fume et tremble parce que l’Eternel y est descendu au milieu du feu; elle n’est pourtant pas détruite, et pendant que le peuple effrayé reçoit aussi l’ordre de s’éloigner, Moïse est appelé à monter près de Dieu qui lui révèle sa majesté et sa sainteté. Plus tard, peu avant sa mort, Moïse rappellera au peuple que c’est du feu que Dieu a parlé (cf. Deutéronome 4:12; 5:4; 5:22 et 24) et a donné les tables de la loi afin d’enseigner qu’il n’y a pas lieu de le représenter avec des images. Si ce feu était terrifiant, le peuple demeurait vivant grâce à l’intercession de Moïse (cf. Deutéronome 4:3; 5:5).

Comme on le voit, le feu symbolise la puissance du Dieu vivant et son intransigeance au péché. S’il consume son adversaire, il transforme celui qu’il choisit. La Parole de Dieu est incisive et efficace comme son auteur (cf. Hébreux 4:12). Elle a le pouvoir de brûler la paille et le chaume, de consumer des scories, de purifier et de fondre l’or, de durcir l’argile, de dégager de la chaleur. Il s’agit bien entendu de toute la Parole dans ses différentes parties: historique, poétique, didactique, prophétique et juridique. Dieu a voulu les divers genres mentionnés pour parler tantôt d’une manière, tantôt d’une autre (cf. Job 33:14). Alors elle sera aussi un marteau qui brise le roc. Je fais remarquer la conjonction et qui relie l’image du feu à celle du marteau, la Parole est l’un et l’autre ! Si le roc est insensible au feu, il faut l’outil de fer pour le fendre, le casser, l’émietter. La Parole de Dieu a cette double vertu. Elle a aussi les moyens de toucher, sensibiliser et diriger.

Les chapitres 24 à 26 forment un ensemble que nous ne développerons pas. La parabole des deux paniers de figues révèle le regard de compassion de Dieu sur les captifs de Babylone dont une partie reviendra au temps de Cyrus (chap. 24). Ensuite Jérémie prophétise devant tout le peuple l’asservissement des nations pour une durée de 70 ans à la suite de laquelle Dieu sévira contre l’oppresseur (chap. 25). Et enfin le prophète échappe à la mort grâce à la protection d’Achikam, fils de Schaphan (chap. 26).

2. Je me souviendrai de vous (chap. 27 à 29)

Une phrase du chapitre 27 revient deux fois: «Soumettez-vous au roi de Babylone et vous vivrez» (v. 12 et 17). Elle illustre un changement important dans les voies de Dieu à l’égard d’Israël. Puisque ce dernier a rejeté la théocratie, Dieu retire sa présence et laisse les nations païennes prendre la direction des affaires du monde. Cette période appelée «le temps des nations» (cf. Luc 21:24) prendra fin lors du retour de Jésus-Christ.

La mention d’un conflit avec Hanania (chap. 28) n’est pas une affaire de personne ou de caractère, mais bien de lutte pour la vérité. Tout au long du livre, Jérémie est humainement seul, accusé, attaqué, blâmé, poursuivi et constamment mis en cause.

Dans la lettre adressée aux captifs de Babylone pour les mettre en garde contre les faux prophètes (chap. 29), Jérémie recommande à chacun de poursuivre les activités normales de la vie (v. 4 à 7) et informe que Dieu a fixé une limite au temps de l’exil (v. 10). Puis il console ses compatriotes par plusieurs promesses célèbres qui ont réconforté les croyants nés de nouveau de tous les âges (cf v. 11 à 13).

Par deux fois nous lisons – à propos des faux prophètes – «Je ne les ai point envoyés» (27:15 et 29:9), ce qui nous permet d’examiner de près ce qu’est un appel conforme à la vérité selon l’Ecriture. Tout d’abord la vie chrétienne est déjà le résultat d’une réponse à un appel de Dieu, et lorsque Jésus proclame: «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos» (Matthieu 11:28), il fait non seulement une promesse, mais il sauve. Ensuite, le chrétien est appelé à la sainteté, c’est-à-dire à une marche digne, pure, non conforme à l’esprit du monde, dans l’amour et la joie, dans la ressemblance au Sauveur qui a donné la victoire sur le péché (cf. Romains 1:7; Ephésiens 4:1 et 17; 1 Jean 3:6). Enfin Christ appelle tous les chrétiens à le servir: «Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins» (Actes 1:8).

Mais l’œuvre destructrice de Satan apparut lorsqu’on fit une division entre le clergé et les laïcs. Ces derniers perdirent le sens des responsabilités et laissèrent le témoignage dans les mains de «spécialistes» choisis pour cette tâche et regardés comme divinement désignés. Aujourd’hui, si le balancier tend à revenir au milieu, l’on distingue un autre penchant : il consiste à niveler les différences et à penser que Dieu appelle tous les chrétiens sur la même base. Ainsi on met en parallèle le physicien et le pasteur, le commerçant et l’évangéliste, le juriste et l’enseignant. S’il est fondé de considérer sa profession comme un instrument au service de Dieu, le chrétien étant le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Matthieu 5:13 et 14), il est non moins vrai que Dieu peut appeler quelqu’un à laisser son métier pour travailler à plein temps à une tâche missionnaire ou pastorale.

Les apôtres ont rencontré le Seigneur pour la première fois dans leur vie quotidienne (cf. Jean 1:35-51), puis ils ont quitté leur profession pour suivre Jésus seul dans une mission spéciale (cf. Matthieu 4:18-22; 9:9; Marc 3:13-19). Lorsque Paul s’est converti, il a reçu un appel précis pour porter le nom du Seigneur devant les nations, les rois et les fils d’Israël (cf. Actes 9:15; 26:17 à 18). Le texte de 1 Corinthiens 9:14 traite de l’entretien de ceux qui consacrent tout leur temps à l’annonce de l’Evangile et prouve que le Seigneur appelle d’une façon particulière pour un service particulier. En conclusion, tout chrétien reçoit une sainte vocation (cf. 2 Timothée 1:9) qui transparaît dans sa vie personnelle, familiale, professionnelle, communautaire, et les choix de Dieu aboutissant à l’abandon d’une carrière ne diminuent en rien ni cette vocation sainte, ni les serviteurs mis à part.

Dieu, par la bouche de Jérémie, a traité une foule de sujets positifs et négatifs touchant à tous les aspects de la vie humaine, pour que notre relation avec lui et les autres soit vraie. Il nous interpelle aujourd’hui par cette déclaration: «Maintenant réformez vos voies et vos oeuvres, écoutez la voie de l’Eternel, votre Dieu» (Jérémie 26:13).

Jérémie le prophète (5/6)

L’époque de Sédécias, le faible (2) – Chapitres 30 à 39

Alors que nous abordons la deuxième partie de cette section; il est utile de rappeler quelques faits concernant le dernier roi de Juda pour comprendre l’exaspération du moment:

  • Au début de son règne, Sédécias arrange une entrevue avec les envoyés de divers pays limitrophes qui proposent d’entrer dans une coalition pour rejeter le joug de Nebucadnetsar. Jérémie condamne le projet. Ce n’est pas la volonté de Dieu (cf. 27:1-11).

  • Puis Sédécias se soumet contre son gré au roi de Babylone, la quatrième année de son règne (cf. 51:59).

  • Et enfin, Sédécias, gonflé d’orgueil se révolte en dépit de son serment et des avertissements répétés de Jérémie (cf. 2 Chroniques 36:13). C’est l’occasion du troisième et dernier assaut de Nebucadnetsar contre Jérusalem.

Le plan de cette étude se présente en deux parties:

1. La restauration future d’Israël et le règne du Messie (chap. 30-33).

2. Les dernières preuves d’entêtement du peuple et la chute de Jérusalem (chap. 34-39).

Le premier point m’amène à quelques réflexions : les chapitres 30 à 33 forment un contraste saisissant avec le reste du livre de Jérémie. Si jusqu’ici le ton des prophéties était pessimiste à l’extrême, l’espoir et l’assurance caractérisent cette partie puisque le message est celui de la restauration future d’Israël. Les chapitres 30 et 31 sont un hymne triomphal, et les chapitres 32 et 33, datés avec précision, traitent d’une affaire qui se déroule pendant la captivité de Jérémie. On admet généralement que ces quatre chapitres appartiennent à la même période car une note identique les traverse de bout en bout. Le temps s’écoule et Dieu poursuit son dessein. Les événements se sont chargés de donner raison aux paroles de Jérémie lors du conflit avec les faux prophètes, sept ans auparavant : l’ennemi est aux portes de la ville, la famine et la peste sévissent (cf. 38:2).

Dans cette étrange situation, Jérémie communique de sa prison un message positif au peuple: la nation ne périra pas définitivement. Plus encore, le temps viendra où les nations païennes entendront la Parole de la vérité, et le Messie appelé «l’Eternel notre justice» régnera. Quel défi à cette heure de minuit de Juda!

Il en est souvent ainsi dans notre expérience personnelle. C’est lorsque tout va mal, lorsque tout est par terre, lorsque nous sommes épuisés et parvenus au bout de nos ressources que Dieu intervient. Souvenons-nous que Jésus n’a rejoint ses disciples dans la barque ballottée par les flots à 3 heures du matin seulement (cf. Marc 6:48). C’est lorsque nous cessons nos calculs, abandonnons nos ruses interminables et sommes au bout de nos contours et nos détours, que Dieu peut enfin commencer quelque chose avec nous.

1. La restauration future d’Israël et le règne du Messie (chap. 30 à 33)

L’annonce de cet événement suit la description du «temps d’angoisse de Jacob» (cf. 30:7), temps de terreur à cause de l’hostilité mondiale envers Israël (cf. v. 5, 6, 13, 14 et 15), de délivrance parce que Dieu libérera lui-même son peuple (cf. v. 11, 16 et 23).

Le jour de l’Eternel (cf. v. 8) est celui où Dieu interviendra ouvertement dans les affaires des hommes sur le plan universel. Il comprend une série de dénouements tels que l’apparition de l’Antéchrist, la grande tribulation, le rassemblement des nations contre Israël, le retour de Jésus- Christ suivi du millénium et le jugement dernier.

Plusieurs versets de ce chapitre nous encouragent dans des situations données. Je n’en développerai qu’un: «Car je suis avec toi, dit l’Eternel, pour te délivrer; j’exterminerai toutes les nations parmi lesquelles je t’ai dispersé, mais toi, je ne t’exterminerai pas; je te châtierai avec équité, je ne puis pas te laisser impuni» (30:11).

Ce texte nous pousse à regarder le châtiment divin en rapport avec le peuple de Dieu. Le langage est celui d’un père plutôt que celui d’un juge. Mais ce père, c’est le Dieu saint qui hait le péché et le Dieu juste qui punit le pécheur. Ce père est le Seigneur qui a droit de propriété sur ses sujets qu’il a rachetés; il veut leur bonheur et leur épanouissement. Si dans l’Ancien Testament le verbe châtier signifie: enseigner, donner une leçon, par la souffrance, l’instruction ou l’observation personnelle, dans le Nouveau Testament il signifie proprement: instruire, discipliner, éduquer, corriger. La discipline du Père pour le croyant est fréquemment illustrée par l’éducation des enfants, spécialement par le père (cf. Deutéronome 8:5; Proverbes 3:11-12). Celui que Dieu châtie est heureux (cf. Job 5:17); c’est parce qu’un père a de l’espoir pour son fils qu’il le châtie (cf. Proverbes 19:18); «le Seigneur châtie celui qu’il aime» (Hébreux 12:6).

Le passage classique d’Hébreux 12:3 à 11, que je vous invite à lire, débute par un appel à considérer attentivement les souffrances endurées par le Sauveur qui a supporté, contre sa personne et sans raison, une opposition incroyable (cf. v. 3). Le Seigneur Jésus est notre modèle suprême en toutes choses et s’il ne l’est que pour une partie de notre vie, on peut s’interroger et remettre la qualité de notre foi en question. C’est pourquoi le croyant qui veut faire la volonté de Celui qui l’a sauvé est appelé à estimer la discipline du Tout-Puissant (cf. v. 5, 7, 11) comme une marque d’amour (cf. v. 6) et comme un trait spécifique du statut de fils et d’héritier (cf. v. 7, 8). Il est bon de se souvenir que l’absence de correction prouve plus d’indifférence que de sollicitude (cf. Proverbes 13:24). La discipline peut paraître sévère parce qu’elle ne correspond pas du tout à notre schéma personnel; elle est parfois inacceptable sur le moment même. Toutefois son but essentiellement positif – notre bien, notre participation à la sainteté de Dieu, un fruit paisible de justice – nous encourage à fixer nos regards sur Jésus pour affermir notre foi, témoigner de notre obéissance et prouver notre fidélité.

D’autant que Dieu ne nous afflige pas sans cause. Qui de nous n’a pas chuté, négligé des devoirs, méprisé des avertissements de toutes sortes, abusé de la patience de Dieu, ou bien encore ouvert une porte au diable par l’influence du monde dans ses jugements et ses attitudes, par une petite chose… ou pire encore, est devenu tiède et tolère une consécration en demi-teinte? Dieu est alors obligé de frapper pour nous détacher du péché, pour nous faire revivre dans sa communion et pour nous ressouder avec lui afin de nous conduire dans ses voies; il veut nous empêcher de tourner dans le vide comme des fantômes inconsistants.

Mais Dieu n’afflige qu’avec mesure, ne frappe qu’avec amour, même si toutes les facultés humaines semblent dépassées. Il veut nous entendre «chanter dans la nuit!» (cf. Psaume 42:9). Les moyens qu’il emploie sont innombrables, incalculables. Il est souverain dans ce domaine comme dans celui de la création et de la rédemption; autant de diversité dans nos caractères, autant de diversité dans sa discipline éducative et pas nécessairement punitive: les peines, les incompréhensions, les dépouillements de toutes sortes, les maladies, les injustices, les pressions de tout genre, les limitations, etc. Je ne prétends pas ici suivre un ordre de châtiments particuliers puisqu’il y a tellement de possibilités, et qu’en définitive c’est Dieu qui choisit le moyen le mieux adapté à produire l’effet bénéfique.

Mais aucune discipline ne dépasse notre capacité d’endurance (cf. 1 Corinthiens 10:13). Dans sa liste impressionnante d’épreuves, l’apôtre Paul dit: «Comme châtiés, quoique non mis à mort» (2 Corinthiens 6:9), ce qu’il écrit là est extraordinaire: c’est vite lu, mais avez-vous pensé aux états d’extrémité que ce serviteur a connus (cf. 2 Corinthiens 1:8)? Excommunié par les Juifs, frappé par les païens, soupçonné par les faux frères, il jouit malgré tout de la paix de Christ et accomplit la volonté de Dieu. Quel exemple de maturité chez cet homme soucieux des autres (cf. 2 Corinthiens 11:28-29). Je suis loin d’avoir épuisé ce sujet, ce ne sont que quelques pensées suscitées par l’attitude de Jérémie le prophète qui, avec beaucoup moins de connaissances doctrinales que nous, mais avec un grand Dieu, est resté debout au sein d’un peuple en faillite.

Si le chapitre 30 met l’accent sur l’amour qui oblige l’Eternel à punir Israël, le chapitre 31, magnifique par son ampleur et sa richesse de couleurs, appuie sur l’amour qui le rétablit: «De loin l’Eternel se montre à moi: Je t’aime d’un amour éternel; c’est pourquoi je te conserve ma bonté. Je te rétablirai encore, et tu seras rétablie, vierge d’Israël!» (31:3 et 4); c’est la description de la restauration de la nation et de la nouvelle alliance, étant entendu que l’une ne se fait pas sans l’autre.

Dans un premier temps (cf. v. 1-26) Dieu reconstitue son peuple dispersé qui revient à lui dans la repentance (cf. v. 9 et 19), dans un deuxième temps (cf. v. 27-40), Dieu s’attache son peuple par une glorieuse promesse.

Note sur la nouvelle alliance:

Une alliance, vous le savez, est un acte par lequel des personnes s’unissent et contractent un engagement réciproque. Dans la Bible, cela signifie que Dieu se donne lui-même sans réserve à son peuple et qu’en retour, celui-ci le suit et lui appartient. Si l’ancienne alliance reposait – du côté de l’homme – sur l’obéissance à la loi, la nouvelle repose entièrement sur la grâce de Dieu. Celle-ci, on le voit ici, est proposée premièrement à la maison d’Israël. De portée spirituelle, elle est aussi de portée nationale, car personne ne peut lire les chapitres 30 à 33 de Jérémie et entretenir le moindre doute quant à la restauration d’Israël sur sa propre terre. Le dessein premier de Dieu ne peut être annulé par l’infidélité de son peuple.

La promesse faite à Abraham ne repose sur aucune condition; elle est l’expression d’un choix souverain, libre et éternel de Dieu. Bien que le péché du peuple se soit accumulé jusqu’au jugement et même jusqu’à la disparition temporaire du pays, la grâce de Dieu prévaut. Jérémie déclare clairement qu’Israël ne cessera d’être une nation devant Dieu tant que le soleil, la lune et les étoiles brilleront (cf. v. 35, 36).

Puisque la promesse faite à Abraham et ses descendants est fondée sur la grâce, son accomplissement ne revient pas à l’ancienne alliance – dont Moïse était le médiateur – mais à la nouvelle, dont Jésus-Christ est le grand médiateur (cf. Hébreux 8:6). Ainsi, c’est un peuple pardonné et purifié qui retrouvera ses frontières. Les prophètes témoignent tous de ce fait (cf. Ezéchiel 36:26-28) et l’apôtre Paul l’expose en Romains 11:26-28. Il est vrai qu’Israël a possédé sa terre sans l’Esprit, puis l’a perdue, mais il est tout aussi vrai que les temps approchent où il retrouvera sa terre et recevra le Saint-Esprit. Il servira alors dans la liberté de la nouvelle alliance.

En réitérant cette promesse aux Juifs convertis, troublés par la présence du Temple et l’observation des ordonnances lévitiques, l’auteur de l’Epître aux Hébreux faisait comprendre que Christ était le vrai souverain sacrificateur dans le ciel et que la nouvelle alliance était liée à l’Evangile et non à la loi de Moïse. En déclarant la première dépassée, Dieu promettait déjà une nouvelle. Mais maintenant que Christ est entré dans le lieu très saint avec son propre sang, l’ancienne alliance est abrogée.

Quelle différence entre les deux! Dans l’une Dieu dit au pécheur  Tu dois! Dans l’autre Dieu déclare: Je veux! Si l’une est conditionnelle, l’autre donne libre cours à la grâce et à sa puissance illimitée. Dans l’une, la promesse est limitée par l’homme déchu; dans l’autre, les promesses de Dieu sont oui et Amen en Christ (cf. 2 Corinthiens 1:20). Christ est tout, il est l’alpha et l’oméga (cf. Apocalypse 1:8).

Les bénédictions de la nouvelle alliance, qui s’étendent aussi à l’Eglise que Christ s’est acquise par son propre sang (cf. Actes 20:28; 1 Corinthiens 11:25), sont fondées sur le pardon des péchés. Parce que Dieu est miséricordieux et que Christ a accompli la justice, il ne se souviendra plus de nos péchés, il mettra ses lois dans notre entendement et il les écrira dans notre cœur; il est notre Dieu et nous sommes son peuple (cf. 31:33). La loi de Moïse, écrite sur des tables de pierre ne pouvait que condamner puisqu’elle n’avait aucune force pour s’inscrire sur le cœur dur de l’homme. Ainsi, dès le début, elle a montré son caractère temporaire et a pointé au-delà d’elle-même en soupirant après Celui qui l’accomplirait pour nous. Dieu disait d’un côté: «Oh! s’ils avaient toujours ce même cœur pour me craindre et pour observer tous mes commandements, afin qu’ils soient heureux à jamais, eux et leurs enfants!» (Deutéronome 5:29), et de l’autre: «L’Eternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l’Eternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, afin que tu vives» (Deutéronome 30:6).

En conclusion, la bénédiction de ceux qui participent à la nouvelle alliance a son origine en Christ qui est en réalité pour nous: «… sagesse, justice, sanctification et rédemption» (1 Corinthiens 1:30).

Le chapitre 32 nous ramène sur la scène de l’histoire de Juda: les Babyloniens construisent des fortifications pour assiéger la ville (cf. v. 24), et pendant ce temps Jérémie reçoit son cousin Hanameel dans sa prison pour signer un contrat d’achat (cf. v. 6-15): il s’agit d’un champ situé à Anathoth, déjà envahi. Avec les données que l’on a aujourd’hui, on dirait que c’est de la fiction, mais c’est un acte de foi authentique qui va dans le sens de la prophétie de rétablissement.

Après cette transaction, Jérémie prie de toute son âme. Il glorifie le Dieu d’Israël dans sa grandeur, sa puissance et sa bonté (cf. v. 16-23), puis, à la fin, il fait part de sa stupéfaction devant les paradoxes inouïs de la foi (cf. v. 24-25). Ses paroles butent sur ce casse-tête chinois que représente cet achat invraisemblable. Tout cela est écrit pour nous encourager, car nous sommes confrontés, plus souvent que nous ne l’aimerions, à des situations extrêmement difficiles, insolubles même. Dieu aime entendre ses enfants formuler leur totale incompréhension. Un tel dialogue sort le chrétien de la passivité et des conventions routinières de la prière.

L’Eternel prend Jérémie au mot (cf. v. 27) et rappelle que la maladie de Juda est si grave qu’une opération rapide est nécessaire (cf. v. 26-35), mais qu’elle sera suivie d’une guérison définitive (cf. v. 36-44). Ceci est un sérieux avertissement pour le croyant, car il ne faut pas espérer un quelconque redressement sans passer par la repentance selon Dieu. Se repentir, c’est aller contre soi-même, contre son système de défense personnel, contre sa tactique particulière; c’est reconnaître son péché et l’abandonner. Or, aujourd’hui on aimerait tellement vivre sa vie chrétienne sans repentance. Tant que le croyant s’imagine tout au fond de son cœur qu’il a quelque chose de plus que son frère et qu’il est au-dessus de lui pour une raison ou pour une autre, il n’y a pas d’humiliation et tout reste bloqué.

Le chapitre 33 continue sur ce thème. Ainsi nous avons successivement le retour du peuple (cf. v. 1-8), la prospérité au lieu de la désolation (cf. v. 9-13), la gloire du Messie, notre Seigneur Jésus appelé ici «l’Eternel notre justice» (cf. v. 14-26). La déclaration du début clôt cette section: Je ramènerai leurs captifs, (cf. 30:3 et 33:26). Cette promesse est valable pour quiconque est éloigné de Dieu, souffre d’une mainmise étrangère ou démoniaque et dilapide son héritage spirituel. Pour quiconque aussi est prisonnier de quelque chose : du monde, d’une habitude, d’un caractère, de normes, de formes et de traditions; captif de quelqu’un, de son influence, de son charisme; esclave de sa passivité, de son endurcissement. Je laisse le lecteur se présenter devant Dieu et faire sienne cette parole car c’est l’épanouissement de son salut et sa liberté en Christ qui sont en jeu (cf. Galates 5:1).

2. Dernières preuves de l’entêtement du peuple (chap. 34 à 39)

Après l’espérance contenue dans les chapitres précédents, le Saint-Esprit a voulu souligner encore une fois les preuves irréfutables de l’iniquité du peuple pris à la gorge par Nebucadnetsar et son armée. Cette section est un mélange d’histoire et de prophétie; elle se compose de divers récits classés dans un ordre moral et non chronologique. Nous avons tour à tour:

  • la révocation du serment de libération des esclaves (34),

  • la fidélité des Récabites opposée à la perfidie de Juda (35),

  • la colère du roi qui détruit le livre de la prophétie (36),

  • la domination des chefs sur Sédécias et la persécution de Jérémie (37 à 39).

Suivons Jérémie dans l’adversité qui l’attend. Il a maintenant quarante ans de ministère derrière lui. C’est un homme de Dieu dans tous les sens du terme, un témoin du ciel sur la terre, un prophète des temps de la fin, un porte-parole héroïque et solitaire du Dieu de l’Histoire, un serviteur qui obéit en tout point à son Maître, un type du Seigneur Jésus par les coups et les propos haineux qui s’abattent sur lui.

Jérémie confirme auprès de Sédécias ce que l’Eternel déclare à son sujet (cf. 34:2-5), puis il se tourne vers les chefs et leur reproche leur indignité puisque après avoir affranchi leurs esclaves, ils les ont obligés à revenir à leur ancien état lors d’un retrait passager de l’armée. En agissant ainsi, ils ont profané le nom de l’Eternel (cf. 34:16), méprisé un commandement précis de la loi (cf. Deutéronome 15:1-18). Ce genre de disjonction dans les actes enlève toute illusion sur la nature humaine!

Jérémie reçoit les Récabites au Temple pour les éprouver (cf. 35:1-11). Leur refus de boire du vin lui permet de donner une leçon au peuple et un espoir à cette tribu (cf. 35:12-19).

Jérémie dicte ses prophéties à Baruc (cf. 36:2 et 18), puis c’est tout l’épisode des coups de canif de Jojakim que nous avons déjà étudié. Lisez attentivement ce chapitre 36 pour observer des détails sur les attitudes et les motivations des gens. On découvre leurs passions, leurs peurs, leurs doutes, leurs manigances et leurs agissements. C’est une peinture sans complaisance d’hommes qui soignent leurs chasses gardées et leurs intérêts.

Pendant que le prophète va et vient au milieu du peuple, il est approché par des émissaires de Sédécias qui a un respect superstitieux pour lui et le consulte comme un devin (cf. 37:3). Puis nous avons un récit intensément humain où les caractères apparaissent en quelques traits: Jérémie «voulut sortir… et s’échapper» (v. 12), fatigué par l’inertie du peuple. On ne peut pas le blâmer car qui n’a pas envie quelquefois de sortir et de s’échapper pour fuir la monotonie d’une situation floue et trop lourde ! Mais, arrêté, il est accusé de trahison, frappé et emprisonné (cf. v. 15, 16). Quelle injustice, c’est déjà son troisième emprisonnement ! Comme Sédécias ne sait jamais où se situer, il laisse le temps s’écouler avant de l’interroger en secret. Jérémie se décharge de sa mission puis demande un transfert de prison pour sa propre sécurité parce qu’il a peur de mourir. Tout en comptant sur Dieu, Jérémie fait face à ses craintes et use de bon sens, de sagesse. Sa foi est active et Dieu lui répond favorablement par un geste de courage momentané de Sédécias. Dans sa souveraineté, notre Seigneur fait ce qu’il veut pour nous sauver de situations presque sans issues, il règne sur les circonstances et n’oublie jamais ses enfants (cf. 37:21).

Après la prison du chapitre 37, nous retrouvons Jérémie au fond d’une citerne (38); c’est encore pire car c’est la mort par suffocation à brève échéance. Le roi Sédécias cautionne cette action par son silence et fait cause commune avec les chefs avec une duplicité lucide (cf. 38:5). Jérémie est perdu et pourtant un étranger, Ebed-Mélec, réagit et le délivre (cf. v. 7-13). L’optique égocentrique de Sédécias trahit une conscience fissurée, et plus sa crainte de l’Eternel diminue, plus celle des hommes augmente (cf. v. 19).
La Bible ne nous rapporte pas les états d’âme de Jérémie dans sa citerne, alors qu’il enfonçait dans la boue (cf. v. 6), mais on peut certainement lui appliquer ce qui est écrit au Psaume 69:14 à 18: «Mais je t’adresse ma prière, ô Eternel!… Retire-moi de la boue, et que je n’enfonce plus!… Et que la fosse ne se ferme pas sur moi!… Puisque je suis dans la détresse, hâte-toi de m’exaucer!» Il est des événements qui peuvent effrayer et ébranler la raison la plus solide dans la vie d’un croyant, mais rappelons-nous que Jérémie prouve sa foi dès sa remontée du puits puisqu’il crie à nouveau le message qui brûle dans son cœur. Dieu ne l’a pas sorti d’une citerne asphyxiante, d’une boue paralysante pour qu’il se recroqueville, mais pour qu’il persiste dans le témoignage.

Voici vingt ans que Nebucadnetsar s’est mis en route pour bâtir son empire (cf. 4:6). En Juda, la fatalité des divisions l’a emporté: la brèche est ouverte, la ville est prise et tout passe par le feu (cf. 39:1-8). Sédécias qui a louvoyé durant tout son règne entre l’Egypte et Babylone, entre les chefs et Jérémie est pris au piège comme dans une souricière. Il perd le nord et essaie de s’échapper, mais il est rattrapé et torturé. Son goût du pouvoir l’a empêché de croire en Jérémie et de voir clair, et à force de vouloir fermer les yeux sur les problèmes, il finit par être totalement aveugle… «les yeux crevés» (cf. v. 7).

Quant à Jérémie, Nebucadnetsar le délivre officiellement (cf. v. 11-14). Il reste au milieu des quelques personnes épargnées et c’est probablement alors qu’il compose les Lamentations sur la destruction de Jérusalem; ainsi s’accomplit la parole de Jérémie 1:19: «Ils te feront la guerre, mais ils ne te vaincront pas; car je suis avec toi pour te délivrer, dit l’Eternel.»

6 – Jérémie le prophète (6/6)

Après la destruction de Jérusalem – Chapitres 40 à 52

Les dernières pages du livre de Jérémie ressemblent aux premières; tragiques lorsqu’on observe la conduite du reste du peuple; lumineuses en considérant de près la communion de Jérémie avec Dieu. Penchons-nous sur ces chapitres, divisés en deux parties: le chapitre 45 en est le pivot; le Saint-Esprit l’a placé là pour éclairer et réconforter les croyants, ceux qui traversent un temps de jugement ici-bas, lorsque Dieu détruit et arrache, parce que le jugement commence par la maison de Dieu (cf. 1 Pierre 4:17) et se poursuit dans le monde (cf. Jérémie 25:29). Après la destruction de Jérusalem en 586 av. J.-C. nous avons celle de Babylone en 536! Ainsi Dieu frappe les idolâtres et les païens après avoir sévi contre les plus responsables, ceux qui ont eu une révélation de sa part et ne s’y sont pas conformés (cf. Malachie 3:18 et 4:1-2).

Nous pouvons donc analyser ces chapitres comme suit:

  1. Le péché du peuple laissé en Judée: révolte contre l’autorité humaine (chap. 40 et 41).

  2. Le péché du peuple qui retourne en Egypte: révolte contre l’autorité divine (chap. 42 à 44).

  3. Le message à Baruc: promesse au croyant en un temps de jugement (chap. 45).

  4. Les prophéties contre les nations étrangères (chap. 46 à 51).

  5. Le siège et la prise de Jérusalem: 4e récit (chap. 52).

1. Le péché du peuple laissé en Judée (chap. 40 et 41)

Il est utile de rappeler ici une parole de l’Ecriture: «Puisqu’ils ont semé du vent, ils moissonneront la tempête» (Osée 8:7). La révolte de Sédécias contre Nebucadnetsar entraîne de cruelles conséquences. Le violent coule avec les autres dans le même naufrage. La Bible est un miroir implacable du cœur humain et ses pires gestes. Les horreurs du siège de Jérusalem sont suivies par un déferlement de barbarie d’un chef de bande nommé Ismaël qui réussit encore à échapper à la justice des hommes en se réfugiant chez le roi des Ammonites (cf. Jérémie 41:15).

Nous retrouvons ici Jérémie enchaîné à Rama – probablement par erreur, par excès de zèle d’un subalterne – puis remis en liberté par le chef des gardes qui lui donne la possibilité de choisir entre un séjour honorable à Babylone ou un séjour incertain, dans la pauvreté, la faim et l’angoisse en Juda. Jérémie décide de rester auprès de Guedalia nommé gouverneur par l’occupant. Ce choix a été mûrement réfléchi car il aurait pu rejoindre Ezéchiel son ami, prophète auprès des exilés, mais il poursuit sa mission sur le terrain, car il y a un immense travail de reconstruction spirituelle à commencer. S’il était parti, les habitants du pays auraient ressenti son départ comme un acte d’abandon. Guedalia, de race royale, dont le poste était difficile, est le type de l’homme bienveillant, sans soupçons, et par là même inattentif aux avertissements qui lui sauveraient la vie. Mais les mains destructrices d’Ismaël le suppriment, et d’un seul coup l’essai de redressement de Juda est anéanti. Jochanan, chef de bande à l’âme guerrière, pourchasse l’assassin sans succès (cf. Jérémie 41:11-18). Nous assistons alors à une déstabilisation, des retournements, des trahisons, des règlements de compte propres à un pays en état d’anarchie. Finalement, Jochanan prend la tête d’un groupe paniqué, figé par la peur, prêt à se sauver en Egypte.

2. Le péché du peuple qui retourne en Egypte (chap. 42 à 44)

Dans un élan magico-religieux, Jochanan et d’autres chefs demandent à Jérémie de prier pour que Dieu leur montre le chemin et ce qu’ils ont à faire (cf. 42:3). Jérémie saisit cette occasion pour dire deux choses: il ne cachera rien et dira tout ce que l’Eternel indiquera (cf. v. 4). Les chefs promettent: «Que ce soit du bien ou du mal, nous obéirons» (cf. v. 6). Ces bonnes dispositions trahissent leur présomption. Ce langage rappelle celui de leurs ancêtres en Exode 19:8: «Nous ferons tout ce que l’Eternel a dit.» Il ne suffit pas de se réfugier derrière la volonté de Dieu, surtout lorsqu’on est démoralisé par l’échec et la crainte, mais il faut absolument et radicalement passer aux actes, même si ceux-ci vont à l’encontre des inclinations et des désirs personnels. David a dit du juste au Psaume 15:4: «il ne se rétracte point, s’il fait un serment à son préjudice.» Mais alors comment? Avouons tout de suite qu’aucune grâce n’est reçue sans renoncement à soi et sans la croix. L’apôtre Paul déclare en 1 Corinthiens 15:31: «Chaque jour je suis exposé à la mort», en écho à Luc 9:23: «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive.» La mort à soi-même n’est pas une ascèse mentale où le moi se perd dans l’infini, en se détachant de la matière ou en la subjuguant pour rejoindre «le grand tout cosmique» à la manière de certaines religions orientales. Non, la mort à soi -même est un non-recul devant les coûts de la condition de disciple: défaites apparentes, indifférence des autres, hostilité du monde, coups de balai du dedans et du dehors, etc.

D’où vient la force pour contrer la recherche d’aise, de bien-être, de popularité, de position élevée, de reconnaissance de soi et de richesse? De Jésus-Christ notre Seigneur, car il n’y a aucune délivrance possible de ce tyran qu’est la vie propre, de ce moi impérial en dehors de Lui. Nous ne pouvons gagner la guerre tout seuls, et avec Christ nous avons l’inspiration, la tactique, la puissance et la vie pour vaincre cet ennemi qui est le sien comme le nôtre. C’est pourquoi nous avons intensément besoin de rester en contact avec la Parole de Dieu.

Revenons à l’histoire de Juda. Ce n’est pas un peuple délivré de l’Egypte qui parle, mais un peuple incrédule et endurci qui veut y retourner. La réponse de l’Eternel ne vient qu’au bout de dix jours (cf. 42:7). Jérémie tarde dans la présence de Dieu; il ne veut pas répondre à la légère, de sa propre autorité ou de son expérience. Il ne tient pas compte de l’impatience des gens rassemblés et prêts à partir. Il attend jusqu’à ce que Dieu lui adresse vraiment la parole, contrairement aux prophètes prompts à parler sous l’empire d’une séduction, sauvant la face avec n’importe quoi. Ces dix jours de silence devant Dieu nous font penser à sa perplexité devant le choix proposé par le chef des gardes: l’exil avec les siens ou Jérusalem avec le pauvre reste (cf. 40:5).

Ces deux textes nous placent devant une question que tout chrétien se pose:
Comment connaître avec certitude la volonté de Dieu?
Comment prendre le chemin que Dieu trace et bénit?

Considérons les pensées suivantes :

  • Toutes les fois que nous trouvons dans la Bible un commandement positif ou une défense, la décision ne laisse aucune doute au chrétien: elle relève de l’obéissance pure et simple (cf. 1 Samuel 15:22). Mais consultons-nous les Ecritures pour être dirigés? Il est tellement important d’aller au fond des choses en étudiant la Parole de Dieu. Elle ne nous apprend pas seulement la voie du salut, mais elle nous enseigne aussi la sagesse pour vivre justement et saintement. Elle est le meilleur guide pour notre conduite ici-bas.

  • L’apôtre Jacques dit dans son Epître: «Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu…» (Jacques 1:5). Nous ne pouvons être assez convaincus que Dieu exauce les prières sincères faites en droiture de cœur, avec foi et sans douter (cf. v. 6). Nous atteignons ainsi la demeure de Dieu où tout ce qu’on aime et respecte se concentre sur sa personne. C’est le moyen de distinguer sa volonté par le détail, car la Bible n’est pas un code où sont répertoriées les autorisations et les défenses sur les choses de la vie. Lorsque nous invoquons le nom de Jésus (cf. Jean 14:13) cela veut dire: je ne veux que ce que tu veux. Ce qui manque aujourd’hui dans notre christianisme, c’est la prière personnelle, traduisant une relation étroite avec Dieu; elle n’est pas un accessoire du dimanche avec l’absolution hebdomadaire, un objet utilitaire en cas d’urgence ou le résultat d’une foi collective.

  • Nous lisons en Ephésiens 5:10: «Examinez ce qui est agréable au Seigneur.» Je fais remarquer que ce n’est pas une suggestion mais une invitation pressante, un ordre. Nous avons le devoir de découvrir la volonté de Dieu pour ne pas suivre une voie qui nous égare, au gré de notre fantaisie. C’est un appel à faire usage de notre saine raison, éclairée par le Saint-Esprit, à passer aux actes sans différer afin d’échapper aux ruses du cœur. L’objectif essentiel est de plaire à Jésus-Christ et de rechercher ce qui est agréable à Dieu (cf. 2 Timothée 2:4).

  • Dans l’Ecriture il y a des milliers de promesses. Est-ce que nous les connaissons? Est-ce que nous nous en servons? car elles engloutissent en un instant tous les doutes. Le fait même de prendre Dieu au mot pour notre parcours tout entier, de la naissance à la mort, nous allège de fardeaux trop pesants. Les promesses de Dieu sont là pour en rechercher le sens et en trouver une application à nos circonstances. Elles nous sortent du vague et du trouble, du mou et du flou; elles aiguisent notre foi en un grand Dieu dont il est dit: «Ce qu’il a déclaré, ne l’exécutera-t-il pas?» (Nombres 23:19). Si l’attente et l’incertitude sont quelquefois cinglantes, l’accomplissement des promesses nous cimente à leur Auteur et à la Parole.

  • La nécessité d’un esprit paisible. Notre époque, si sûre de sa technique et de ses nouveautés, n’est pas productrice de recueillement. La vie actuelle est si remplie et agitée, son rythme si rapide et ses changements si exigeants, que l’individu désarticulé ne connaît plus le silence intérieur, au contraire il le fuit. Il y a tant de voix qui font perdre notre lucidité. Les informations fracassantes font battre le cœur plus fort et plus vite au point que la trame de nos vies s’en ressent. Les idées deviennent vagues, les sentiments tumultueux et les impressions multiples et mélangées. Comment la voix de Dieu peut-elle se faire entendre au milieu de toutes ces collisions ? Il ne s’agit pas d’entrer dans une bulle de sécurité, mais de mettre du temps à part pour Dieu.

  • Le conseil d’un frère. Pourquoi la lumière que Dieu a donnée aux uns ne servirait- elle pas à en éclairer d’autres? Il peut y avoir une source de bénédiction dans l’échange des idées et diverses manières de voir les problèmes; dédaigner l’opinion de frères plus expérimentés ou négliger de prier avec eux, prouverait un orgueil excessif. Cependant rappelons-nous que ce qu’ils peuvent donner de mieux n’est qu’humain. Ne permettons en aucune façon à l’homme de prendre la place que Dieu seul doit occuper parce que l’homme a la redoutable faculté de pétrifier l’amour de Dieu en un système.

  • Les circonstances de la vie nous obligent à obéir. Je ne parle pas ici de celles dont nous utilisons les mais, les si, les pour et les contre pour nous arranger, mais je parle des circonstances qui sont ordonnées et gouvernées par Dieu pour nous former (cf. Romains 8:28). La raison pour laquelle tant de chrétiens restent indéterminés malgré les fréquents appels de Dieu réside dans les idées fausses sur la nature de ses réponses. Ils voudraient qu’elles se révèlent par des signes extérieurs ou extraordinaires, par des indications et des avis mystérieux et souvent par des «Dieu m’a dit» autoritaires. Dieu ne travaille pas de cette façon avec ses enfants. En ceci Jérémie nous le prouve: prisonnier, mais délivré le lendemain sans explication; menacé de mort et contraint de l’envisager, mais non exécuté grâce à un ami; coincé dans une citerne mais retiré au dernier moment. Autant de circonstances cruelles, autant d’interventions ponctuelles. Si les situations ont parfois quelque chose de consternant, c’est justement pour que le croyant place sa confiance en Dieu, ne soit pas ébranlé et recherche sa volonté (cf. Romains 12:1 et 2).
    La réponse de Jérémie est claire et nette (cf. 42:9-22). Elle se résume par le verset 19: «Restes de Juda, l’Eternel vous dit: N’allez pas en Egypte! sachez que je vous le défends aujourd’hui.» J’invite le lecteur à lire ce plaidoyer du Dieu d’Israël au reste d’un peuple décimé. On ne peut parler de l’Egypte sans se souvenir de la nuit mémorable où Dieu délivra son peuple du joug de Pharaon «à main forte et à bras étendu» (Deutéronome 5:15).

Vouloir retourner en Egypte revient à dire qu’il y a encore un arrière-goût inavouable pour l’asservissement, une tendance à retourner au paganisme (cf. 2 Pierre 2:22). A peine Jérémie eut-il transmis ce message à tout le peuple qu’éclate le conflit vérité / erreur. Le prophète est traité de menteur (cf. 43:2). Les contestataires sont nommés et la Bible souligne leur péché d’arrogance. Après avoir été tout sucre tout miel, ces mêmes hommes sournois se dévoilent. Dans un premier temps ils se sont présentés sous le vêtement de la modestie, de la soumission sans faille, puis dans un deuxième temps, ils laissent tomber le masque et accusent Baruc de manipuler Jérémie pour les livrer au pouvoir babylonien. Ainsi, non seulement Satan les séduit pour qu’ils retournent en Egypte, mais il fomente par leur moyen une brouille entre deux amis, ce qui ne réussit pas du tout.

Joignant le geste à la parole, Jochanan et les chefs de troupe entraînent le reste du peuple, Jérémie et Baruc aussi, et se rendent en Egypte (cf. 43:5-7). C’est le comble de la désobéissance. Aussitôt arrivés ils sont avertis par Jérémie d’une invasion imminente du pays d’accueil. Leur fuite n’a pas résolu leur problème puisqu’ils vont connaître une nouvelle occupation avec son cortège de terreurs (cf. 43:8-13). Ainsi le peuple mutilé et disloqué qui avait cru trouver un refuge rencontre un champ de bataille. Le refus d’écouter la Parole de Dieu les fait glisser sur une pente obligatoire. Jérémie et Baruc sont donc en Egypte. Pour combien de temps? Nul ne le sait puisque le rideau se tire sur la vie de ce prophète qui aura accompagné son peuple dans la révolte et les pires excès. Telle est l’étrange destinée de cet homme qui, jusqu’à la limite des possibilités, a transmis fidèlement la Parole divine en se heurtant sans cesse à son rejet. Cet échec apparent fait penser à la venue d’un Autre, plus grand que tous les prophètes, méprisé et abandonné des hommes jusqu’à la mort sur la croix (cf. Esaïe 53:3).

L’Ecriture nous démontre qu’on ne retourne pas impunément en Egypte et cet épisode décrit la dégradation généralisée à tout le peuple, même aux femmes (cf. 44:15-16). Le culte rendu à la reine du ciel a repris de plus belle, divinité païenne d’origine phénicienne, déesse de la fécondité, source de la mariolâtrie (cf. 44:17, 18, 19).

3. Le message à Baruc (chap. 45)

Comme Paul s’est adressé à Timothée et l’a exhorté à souffrir avec lui pour l’Evangile (cf. 2 Timothée 1:8), Jérémie montre à Baruc qu’on ne peut pas raturer sa vie, car ce dernier est tiraillé par des appartenances contradictoires et tenté par une haute position dans la société. Jérémie ne camoufle pas la vérité et l’instruit en deux phrases valables aussi pour le croyant qui traverse une époque de jugement, lorsque les fondements de la terre lui paraissent ébranlés:

  • Ne recherche pas de grandes choses! Cela ne signifie pas qu’il faut se complaire dans la médiocrité puisque ailleurs Paul compare le chrétien à un athlète qui remporte le prix. Cependant, en un temps exceptionnel comme celui-là, tout le poids est à mettre sur la ressemblance à Christ dans sa douceur et son humilité.

  • Je te donnerai ta vie pour butin! Une vie qui s’identifie à son Dieu accepte les souffrances qui en résultent (cf. 2 Timothée 3:12), mais connaît aussi une richesse de relations, la plénitude en Christ. Voici un message opposé à ce qu’on entend dans les médias pour réussir sa vie aujourd’hui.

4. Les prophéties contre les nations étrangères (chap. 46 à 51)

Ces oracles datent probablement des époques de Jojakim et Sédécias. Ils annoncent des châtiments rigoureux aux ennemis du peuple de Dieu et, pour certains d’entre eux, un pardon et une restauration futures (cf. 46:26; 48:47; 49:6 et 39). L’Eternel y est présenté comme le Roi (cf. 46:18; 48:15; 51:57), et Jérémie fonctionne comme prophète des nations (cf. 1:10). Dix royaumes sous la domination de Babylone y sont mentionnés.

Dieu s’est servi de ces nations pour punir son peuple, mais après avoir châtié sa propre maison il les juge aussi à cause de leur idolâtrie, leur orgueil et leurs excès dans leur colère contre les Juifs et la terre sainte. L’instrument du jugement ne détient aucune immunité à cause du choix de Dieu. Au contraire, il doit se juger d’autant plus lui-même, exercer une purgation efficace et faire preuve de compassion dans la tâche qui lui est confiée, aussi surprenant que cela puisse paraître (cf. 47:6-7). Pour n’avoir songé qu’à détruire et à exterminer dans cet office, les Assyriens et lesChaldéens ont été repris par Dieu (cf. Esaïe 10:5-34; Jérémie 50:15, 29, 33, 34 et 51:6, 24, 35, 56).

Jérémie consacre deux chapitres à l’écroulement de Babylone (50 et 51). Esaïe l’avait déjà fait avant lui pour souligner ce fait marquant (13 et 14). Contrairement aux autres nations, il est spécifiquement dit de Babylone qu’elle a pillé l’héritage de l’Eternel (cf. 50:8-13); qu’elle a péché contre l’Eternel (cf. 50:14-16); qu’en détruisant Israël, elle a combattu contre l’Eternel (cf. 50:21-25); qu’elle n’aura aucun réchappé à cause de sa fierté contre l’Eternel (cf. 50:29- 32). On constate à travers toute l’histoire biblique que Babylone a toujours personnifié la rébellion contre Dieu. Elle est le type de tous les efforts humains qui s’élèvent contre le royaume de Dieu en voulant rendre l’humanité riche, puissante et heureuse sans lui. C’est pourquoi il faut voir derrière la Babylone de l’histoire un système social, politique, religieux et économique convenant à la nature humaine et favorable à l’Antichrist lorsqu’il apparaîtra (cf. 2 Thessaloniciens 2 et Apocalypse 17 et 18).

L’ordre: «Fuyez de Babylone» retentit trois fois dans ces deux chapitres (cf. 50:8; 51:6 et 45). Cité en Apocalypse 18:4, cet ordre prend tout son sens pour les chrétiens d’aujourd’hui. Le mal babylonien caractérisé par la fusion du religieux et du profane éclate partout dans le monde. Cette fusion est génératrice d’une éthique analgésique, d’une transvaluation des choses (cf. Luc 21:34 et 35). Fuir Babylone c’est rejeter la dégradation morale insidieuse de notre société, écarter le mal sous toutes ses formes, secouer une torpeur mortelle pour participer à une communion libre, limpide, intense avec Jésus-Christ.

5. Le siège et la prise de Jérusalem (chap. 52)

Peut-être que la prise de Jérusalem et la déportation de ses habitants ont eu peu d’importance pour les historiens, mais elle en a eu tellement pour Dieu que l’événement est rapporté quatre fois dans l’Ancien Testament (cf. 2 Rois 25; 2 Chroniques 36; Jérémie 39 et 52) comme la vie de Jésus est répétée quatre fois dans les Evangiles. S’il y a eu quatre récits sur la faillite d’un peuple à un moment donné, il y en a quatre sur le salut de la race humaine par Jésus-Christ, le Roi authentique, l’unique Sacrificateur, l’Homme obéissant, le Fils éternel de Dieu.

Pour terminer cette étude, revenons encore à Jérémie le prophète. Nous perdons sa trace en Egypte et ignorons sa fin. Ainsi le serviteur s’efface tout entier derrière le Dieu vivant et vrai, honoré par une consécration non feinte, une modestie non suspecte et un amour non artificiel. Cet instrument unique nous lègue un message brûlant: la nécessité absolue d’être en règle avec Dieu et de le rechercher sans relâche puisque nous avons été créés par lui et pour lui.

Philippe Favre
 

Une réponse à “Series d’ études sur le livre de Jérémie le prophète”

  1. andré dit :

    Merci pour ces enseignements édifiants, que l’Eternel vous bénisse et vous accorde la nourriture sans fin pour nourrir son peuple.
    Mreci!

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